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Solo, Profession Hip Hop Légend (3/3): Un retour électro

Troisième et dernière volet de notre portrait de Solo, alias Souleymane Dicko. Où l'on se découvre Cassandre du pire.

 

Enterrant les vieux désaccords, Solo fera une apparition surprise au concert d’Assassin, à l’Olympia, en 2009. Acclamé par une foule en délire, c’est comme s’il avait quitté le rap la veille. A l’heure des succès Kleenex et des buzz éphémères sur Youtube, la fidélité de son public était d’autant plus saisissante.

« Ca m’a profondément touché, j’avais besoin de me rassurer. Sans nostalgie, car j’étais déjà projeté vers l’avenir. C’était juste la petite piqure de rappel qui m’a  donné l’énergie de mener à bien mes projets. J’ai moi même été surpris : j’arrive sur scène, j’avais cette espèce de prestance genre « Qu’est ce qu’il y a, la scène est a moi ! » Toi et moi on peut en rire, car tu me connais assez pour savoir que ça n’a rien à voir avec celui que je suis dans la vie. Et quand d’un coup, tout le public s’est levé, même les spectateurs au balcon, qu’ils ont tous hurlé, j’ai failli perdre mon souffle. Heureusement, je connaissais mon texte, les vieux automatismes sont revenus. Sur les images, je vois même que Te-Squa est ému. »

 

 

 

Dans le public ce soir là, les fans d’Assassin avaient entre 30 et 40 ans pour la plupart. Ressent t-il une forme d’ingratitude du jeune public bercé à Booba ou La Fouine qui oublient parfois de Respecter l’ancienne école ?

« Il s’agit plus d’ignorance que d’ingratitude. Les jeunes babys rockers ont plus de respect, il est inconcevable pour eux de ne pas kiffer les Stones ou Led Zep,  alors que beaucoup de gosses soit disant fans de rap aujourd’hui n’ont jamais écouté Assassin. Mais avec le recul je me rends compte que ce n'est pas écoutable aujourd'hui comme ça l'était à l'époque. Le Futur que nous réserve-t-il est mortel, mais ce n’est pas accessible à tous, il faut se mettre dedans, se faire à ce son si particulier ; On ne faisait pas du G-Funk ni du easy listening »

 

DJ Mehdi l'alter ego 

 

Depuis le début des années 2000, il s’est donc tourné vers l’électro, et a monté son label, Black Frog entertainement.

« Mon public pense que j’ai fait un virage à 90 degrés mais ce que les gens ignorent, c’est que j’ai toujours été là dedans. J’ai toujours aimé la club music,  depuis tout petit, avec le Disco & la Funk , puis en 88 à New York avec les débuts de la house music au Paradise Garage de Larry Levan»

« Vers 2002, on a  commencé Uncle O & moi même les soirées Toxic. Le plus important pour nous était de garder l’esprit ouvert car dans le rap à Paris,  l’air devenait irrespirable. Ca se mordait la queue, et dans ce milieu plus électro, j'ai eu l’occasion de montrer ce que j’aimais dans la musique en général, sans m’embarrasser de ce truc de pseudo crédibilité. C’est aussi  pour ca que j’ai coproduit ce groupe Monomaniax, c’est l ouverture d’esprit, le fait de n’être jamais là où on m’attend qui m’a motivé. C’est là ou la mort de  DJ Mehdi m’a le plus touché. C’est le seul qui avait ouvert le spectre & sortait des codes d’un univers typiquement hip hop.  J’avais essayé de faire ca depuis des années, et je voyais en lui un alter ego de la génération suivante. Le mec qui vient du rap et qui est capable de prendre ce qu’il y a de bon ailleurs, c’est si rare. »

 

On voit aujourd'hui les effets de de qu'on a dénoncé

S’il demeure passionné par la musique en tous genres, Celui qui affirmait qu’il ne serait jamais esclave de notre société,  semble résigné par rapport aux sujets qui constituaient ses étendards à l’époque… 

« La corruption, les violences policières, les inégalités, ca me révolte toujours autant. J’essaye de m’informer, je reste critique. Déjà dans les années 90 on rappait « la corruption de la police et de la justice, qui a le plus de vice ? » et les choses n’ont fait qu’empirer, on voit aujourd’hui les effets de ce qu’on a  dénoncé à l’époque : l’omnipotence de la police, la corruption. On nous a pris pour des allumés idéalistes mais aujourd’hui les gens réalisent ; au final ça a arrangé tout le monde que notre propre truc périclite, on devenait gênants »

Et 2012, dans tout ca ? « Pour qui vais je voter ? Je ne sais pas encore pour qui, mais comme le dit Guy Bedos je sais pour qui je ne vais PAS voter. » 

«Aujourd'hui les rappeurs gangsta vont chez les keufs quand ils ont un problème »

Contre Sarko, on suppose ? 

« Je laisse planer  le doute… (éclats de rire) Je déconne enfin ! Tu crois vraiment qu’un négro comme moi pourrait donner sa voix à Sarkozy ? »

Et la Nouvelle génération, il la voit comment ?

« Aujourd’hui, le public rap veut du fantasme, du sensationnel. Quand je vois les clips de Booba avec des guns et des gangsters, ca n’a rien à voir avec la réalité de ce milieu, avec tout le respect que je lui dois car c’est quelqu’un de talentueux. Les rappeurs deviennent des acteurs, c’est étrange. Les temps ont changé : aujourd’hui, les rappeurs gangsta vont chez les keufs quand ils ont un problème. Moi je suis à l’ancienne, si quelqu’un me cherche, je monte une équipe et je me bats à la loyale ! Les plus  prometteurs à mon sens, ce sont les OVNIS : La Caution, Oxmo, Orelsan chacun a son délire mais ils ont tous un truc incroyable. »

La Caution qui fit ses premiers concerts en tournant avec…Assassin, la boucle est donc bouclée.

Aujourd’hui Solo mixe régulièrement à Paris, aux cotés d’artistes électro le plus souvent. En quoi l’émotion du DJing est t-elle différente d’un concert de rap ?

 

«L’électro funk c'est quoi ? Kraftwerk avec des renois !»

« Ca n’a rien à voir mais ça peut être aussi intense : J’ai des souvenirs forts de mes mixs avec DJ Pone. Il est aussi issu du milieu Hip Hop, ce n’est peut être pas un hasard ; les quelques fois ou on a mixé ensemble, c’était le feu, le truc ingérable, chaque morceau était une explosion. Le genre de set ou tu sors trempé, extenué, où tu as tout donné. Avec Brodi (Le DJ Brodinski, NDLR) aussi, au Social Club ou ailleurs. Un truc qui se passe et qui entraine tout le monde. Sentir que l’autre artiste kiffe ce que tu fais, qu’il se lâche avec toi, c’est ca qui est extraordinaire. J’ai rencontré Brodinski la première fois à Reims quand il avait 18 ans, mais je l’ai vraiment découvert des années plus tard. Tu te souviens de cette soirée folle au Rex, en 2007? Je mixais avec Vinco (Kavinsky, qui connait notamment un énorme succès pour sa contribution à la très remarquée bande originale de Drive), j’ai tout mélangé, du rap, de l’électro, de la funk. Brodi est venu me voir, il était comme halluciné, il m’a dit que c’était l’un des meilleurs sets qu’il avait entendu depuis des années. Et maintenant, c’est moi qui suis ébahi devant lui, je suis fier d’avoir fait des trucs qui ont pu l’impressionner. Il a une capacité énorme à toucher son public, dans toutes les boites, dans chaque coin de France et du monde, il n’y a pas une fois où il ne se passe pas quelque chose pendant un de ses sets. »

 

Et justement, le futur, que lui réserve t-il ?

« J’aimerais développer mon label, et faire de la musique sans pression, uniquement pour mon plaisir. Il faut arrêter de compartimenter. Rap ou électro, on n’a pas à choisir son camp.  Si tu regardes bien, le premier morceau sur La formule secrète est déjà un morceau mi rap-mi électro. La basse, le rythme, tout y est. Et puis l’électro funk c'est quoi ? Kraftwerk avec des renois ! »

…Best of both worlds, comme disait l’autre.