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Solo, Profession Hip Hop Légend: l'intégrale
Un portrait long comme une odyssée de Souleymane Dicko alias Solo, l'un des rares membres du hip hop français à avoir connu la scène new yorkaise dans les années 90.
En mars dernier, pour mon anniversaire, mon pote Gégé m’offrait le mythique Book of hip hop cover art, de Andrew Emery, que les fans de rap old school se refilent sous le manteau depuis maintenant 8 ans. Avec le paquet, une carte lapidaire et ces quelques mots: « le Rap C’était VRAIMENT mieux avant ».
160 pages de véritables œuvres d’art sous forme de pochettes de disques, de Grandmasterflash, à Run DMC en passant par Schooly D et autres Rock Steady Crew. Parmi ces pionniers du rap US, une légende frenchy s’est cachée, à la manière des Où est Charlie.
Cette légende, c’est Souleymane Dicko, plus connu sous le simple nom de Solo par les hip hops lovers de l’hexagone. Page 24, il pose tout sourire sur la pochette de l’album de Tommy Boy, au centre de deux autres b-boys, Mr Frost et Timmy Braddock.
Que de chemin parcouru pour le jeune homme d’origine malienne de la banlieue parisienne sud ? Si on lui donne à peine 30 ans au vu de son visage juvénile, Solo est né il y a 45 ans à Paris 14ème, et il a déjà vécu plusieurs vies.
Celui qui fut une figure emblématique du break dance et du désormais culte H.I.P H.O.P , fonda le groupe Assassin, apparait sur la pochette du classique Rappatitude, joua dans La Haine, tout en assurant la direction artistique de la BO, demeure l’un des piliers du rap français, pour ne pas dire une icône, terme flatteur qui semble cependant l’embarrasser.
Le parcours de Solo a en effet de quoi faire rêver plus d’un producteur :
Fils d’immigrés maliens, il grandit dans les Hauts-de-Seine, à Antony. Là, il traine avec des mecs de Bagneux et de Cachan. Déjà très sûr de lui, le jeune Solo se la raconte avec les filles : Il sera une hip hop legend, point barre.
« J’ai une copine d’enfance qui a grandi dans le même quartier que moi. Elle me répète souvent « on se foutait de ta gueule, et toi tu nous répétais « vous allez voir les meufs, je vais tout déchirer, ils diront tous que je flambe mais je leur donnerai raison parce que je serai le meilleur » J’avais 17 ans à l’époque. Elle me dit parfois «tu l’as fait, tu ne te rends pas compte de l’émotion qu’on a pu ressentir en te voyant en concert, des années après» J’ai souvent une mémoire sélective par rapport à tout ca, j’ai tendance à zapper l’intensité avec laquelle je le vivais, ma détermination, ce que ca a pu représenter pour ma génération. »
Un show chez Sabatier
Le hip hop sera son royaume, et Solo voit déjà beaucoup plus loin que les murs de sa cité : commencent les virées à Paname, au Troca, à Montparnasse, où les b-boys en herbe se retrouvent pour s’affronter par la danse. A l’époque, les morceaux funk passent dans tous les Walkmans et sur les Ghetto blasters. C’est là qu’il rencontrera Didier Morville pas encore Joey Starr, qui smurfe dans les même cercles que lui. Sortant déjà du lot, Solo est approché par Scalp, un des fondateurs des Paris City Breakers. Il cherche des danseurs pour une scène avec Julien Clerc, dans l’émission de Patrick Sabatier. « On a fait le direct le samedi soir, on smurfait derrière Julien Clerc qui chantait Cœur de Rocker , le truc de ouf, totalement incongru avec le recul ! De là, le truc était parti. J’ai rencontré Sidney, je me suis jeté dans le truc à fond. »
L’odyssée suit alors son cours pour celui qui n’a pas encore commencé à rapper « J’avais tellement zéro opportunité pro dans la vie, je n’avais que cette passion pour la danse, pour ce mouvement Hip Hop et sa dynamique naissante. J'ai pensé : de toute façon, ca sera ca ou rien d’autre. C’était tellement neuf, une terre vierge, tout était à faire, je ne me fixais aucune limite. Pas comme à l’école où on t’explique que tel taf n’est pas accessible à moins de Bac+4 ou +5. »

Le vrai choc, il se passera de l’autre coté de l’Atlantique, au milieu des années 80. Solo décide d’aller vivre ce mouvement Hip hop à la racine même, à New York. C’est là, en 1984, qu’il rencontrera Vincent Cassel :
« J’étais dans un club, le Pizza a Go-Go. Le DJ de Whodini , LE groupe hype de l’époque avec Run DMC, y organisait une soirée. Des légendes mixaient et on ne s’en rendait pas compte, c’était une soirée comme une autre ! J’étais là, avec Jazzy Jay, et un petit jeune vient me voir et me tchatche en français, ce qui m’a plutôt déconcerté. Il me dit « mais j’te connais, je t’ai vu à la télé, c’est toi qui est dans H.I.P H.O.P ! » moi, un peu distant , j’ai un peu flambé, ambiance « Ouais, mec, c’est cool » .
Virées New Yorkaises
avec les frères Cassel
A Paris, aux Bains Douches, ils se recroisent et se lient d’amitié. Via Vincent, Solo fréquente Mathias, son frère, qui deviendra Rockin Squat, son comparse d’Assassin. Commencent les allers retours incessants entre Paris et New York, où la bande de potes va se ressourcer en énergie créative, et côtoie la crème de l’underground :
« Personne ne rappait à l’époque, on était tous dans le break dance. Avec Vincent on faisait des allers retours à New York non stop : d’un coup les portes nous étaient grandes ouvertes, on pouvait aller au Roxy, au Paradise Garage. Le mix de ses connections showbiz et des miennes, plus underground, faisaient que d’un coup New York nous appartenait. Toute la scène downtown était au rendez vous, on pouvait croiser Madonna, Futura 2000, Keith Haring…à un moment, limite Keith Haring c’était devenu notre pain-co! Moi, j’étais pote avec Bambataa, Jazzy Jay, Red Alert… Je te raconte le coté strass et paillettes, mais en rentrant de boite je dormais souvent dans le métro et c’était moins drôle. Le contraste entre ce coté glamour et la glauquerie que j’ai pu parfois côtoyer, c’est aussi ca qui a fait de moi qui je suis. »
Campagne pour Benetton
A cette époque, il pose également pour les célèbres campagnes « black blanc beur » de Benetton. Centre névralgique des ambitions artistiques qui démangent sa bande, Solo décide de créer Assassin en 1987. Lors d’un championnat de DJ à l’Elysée Montmartre en 1989, il rencontre DJ Clyde, qui les rejoint.
En 1990, La formule secrète d’Assassin est le premier titre sur la toute première compilation de rap, Rappatitude. Y figurent également Funk a size de Dee Nasty, et le célèbre Je Rap, de NTM. Une photo de Solo, tout muscles dehors, en marcel blanc, illustrera la pochette de l’album.
Défilés pour Yohji Yamamoto
« Mondino a fait la photo. Si j’ai tout de suite été positionné en icône, c’est parce que j’ai été le premier à faire le lien avec d’autres univers, celui de la mode notamment. Avec ma copine de l’époque Gigi et la fly girl J-rock, on était à la colle avec des gens comme Marc Ascoli, Martine Sitbon. J’ai fait les défilés et les catalogues Yohji Yamamoto, j’ai bossé avec Nick Knight. Ce que les gens ne savent pas, c’est que c’est lui qui a fait la pochette du premier maxi d’Assassin, Note mon nom sur ta liste. Si quelqu’un comme Nick Knight, un mods anglais à mille lieux du rap game a accepté de participer à ce projet, c’est tout de même qu’il se passait un truc fort, de résolument nouveau »
Pourquoi ce temps où rappeurs et créateurs fusionnaient ensemble dans une formidable émulsion artistique semble révolu ? Rohff pote avec Marc Jacobs? Ca parait inconcevable en 2012…

« En vrai, c est dans les têtes que ca se passe. Ces gens là pourraient très bien trainer ensemble, vu qu’au final ils fréquentent quasiment les mêmes endroits. Le problème c’est que tout le monde est devenu obtus, sectaire, les liens ne se font plus. Ce qui a fait qu’on a réussi à faire décoller le rap en France, c’est qu’on avait zéro barrière dans nos têtes. Tu regarderas, il y a une très vieille interview chez Denisot où Joey disait « moi je n’ai rien contre les homos, bien au contraire, ce sont des gens vraiment ouverts qui savent faire la fête » je te mets au défi de poser la question à un rappeur en 2012 et d’obtenir ce genre de réponse. N’importe quel gosse évoluant dans le rap de nos jours a peur de sortir des codes hyper formatés, il pense qu’il doit coller à une certaine façon de penser. Nous on est arrivé avec ce coté « rien à foutre ».
Les ailes du Corbeau
Cette philosophie « rien à foutre », ne plait pas à tout le monde justement. Solo en reparle d’ailleurs avec le sourire :
« Il y a eu une espèce de pétition rédigée par Jaid Seddak, quelqu'un que j’adore, soit dit en passant. Il y dénonçait les « corbeaux » du hip hop. Des mecs comme moi par exemple, qui trainaient un peu trop avec les gens de la mode, et se sapaient tout en noir, très fashion. Selon eux, ca dénaturait l’esprit Hip Hop de base. Mais ouais mec, si je pouvais faire le mélange d’un pantalon Marithé & Francois Girbaud avec une goosedown de New York et des Adidas, ca claquait et tout le monde kiffait !»
L’entrée dans le grand bain du rap peut enfin avoir lieu. Il faudra désormais compter avec eux, et ils ne se privent pas de le faire savoir, avec leur premier maxi en forme d’injonction, Note mon nom sur ta liste en 1991.
Viendront ensuite les volumes 1 et 2 de Le futur que nous réserve t-il ? en 1993, qui figurent au Panthéon des albums de rap français.
C’est aussi à cette époque que Solo remet en cause cet idéal Zulu (hérité de la Universal Zulu Nation, organisation internationale pour la prise de conscience Hip Hop dirigée et crée par Afrika Bambataa) qu’il a ramené dans ses bagages en rentrant de New York :
« Pour moi, l’idéal Zulu commence tout juste à reprendre un sens aujourd’hui. Je me suis rendu compte qu’il y avait une vraie pression qui allait de pair avec cette philosophie : c’est classique, quand tu es perçu comme le sage, le bien pensant, il y a un moment où tu pètes les plombs. Surtout qu’à cette époque, ce qui commençait à attirer un certain public vers le rap, c’était la rébellion. Des mecs portaient des tee shirt Zulu nation, mais véhiculaient des messages de violence, il y a eu une vraie contradiction, c’était devenu un truc d’attitude. »
La carte d’Afrique autour du cou aurait t-elle suffi à faire de certains imposteurs de vrais Zulus, comme le disait Doc Gynéco quelques années plus tard ?
A un moment
J'ai eu honte de mon mode de vie
« Dans les années 90 ; j’ai fait une interview avec DMC, il avait ce coté hyper bien pensant vis-à-vis du public, no drugs, respect de la loi etc. Il y a un an, je reparle avec lui de tout ca et il me dit « attends, entre ce qu’on disait et ce qu’on faisait, il y avait un monde » Ca aussi ca qui m’a remis les choses en perspective : Dans le rap, entre le personnage que tu te construis, ce que tu véhicules à travers lui, et qui tu es vraiment, c’est souvent trois choses totalement différentes! Au moins dans le rock, les mecs se prennent peut être pour Satan dans leurs morceaux, mais derrière ils ont le mode de vie qui va avec. Tu n’es pas étonné qu’ils se défoncent ou brisent leurs instruments sur scène, il y a une cohérence. »
« Il y a eu un moment où j’ai eu honte de mon mode de vie un peu dépravé, j’avais été Zulu King mais je n’étais plus en adéquation avec mes idéaux. C’était du « faites c’que je dis, pas c’que je fais» , j’étais capable d’héberger quelqu'un en galère et de le nourrir sans rien lui demander en échange mais aussi de défoncer un mec qui avait maté ma meuf de trop près, d’où ce sentiment d’imposture. »
Un trop grand décalage entre la marionnette ghetto et ce qu’on est
Dur dur d’être un symbole ?
« Au fond. Je me rends compte que pendant longtemps je ne m’autorisais plus le droit à l’erreur, je voulais conserver ce respect que je lisais dans le regard des autres. J’ai sans cesse peur de décevoir ce public de puristes, et c’est sans doute ca qui a fait que j’ai été improductif pendant de nombreuses années. Plus que la peur de l’échec, c’est la peur de faire « moins bien ». C’est une forme de schizophrénie : Les gens se sont forgé une image de toi, et tu ne sais plus ce qui te représente réellement. Cette image que tu t’es construite, ou ce que tu penses réellement de toi-même ? Ca vaut pour nous tous, il y a un trop grand décalage entre la marionnette ghetto et ce qu’on est au jour le jour. La plupart des artistes rap se cachent derrière un pseudo truc d’ouverture vers les autres, alors que dès que tu évolues à l’intérieur, tu te rends bien compte que c’est Ego,Ego,Ego pour tout le monde. La « street credibility » ? Ahh, ca c’est une pression que je n’ai jamais eue ! (rires) Au contraire, les gens m’ont tellement placé au sommet de la crédibilité que ca m’angoissait, je ne pouvais que descendre. »
Aujourd'hui, tout le monde réfléchit à comment carotter l'autre
Et cette sacralisation de l’âge d’or du rap français par un public de puristes, qui porte des tee shirts « le rap c’était mieux avant » et collectionne les mixs Deenastyle de Nova comme des trésors, qu’en pense t-il ?
«Il y a deux aspects qui s’affrontent. D’un coté, c’est gratifiant, ca veut dire que j’ai participé à un truc qui a profondément marqué les gens. A coté de ca, tu as parfois envie de dire aux gens « c’est bon remettez vous. Vivons ici et maintenant, on est en 2012 les mecs » Cela dit, vu ce qu’on leur propose aujourd’hui, je comprends que les « puristes » se refugient dans l e passé, dans l’époque où tout était possible. Je les comprends, parce que moi non plus, je ne sens plus cet esprit de « j’ai la niak et je mets mes tripes dans un morceau ou un concert », je ne sens plus ce credo de « marche ou crève », comme nous on avait, quand on y allait, et même si on tombait on s’en foutait parce qu’on était ensemble. Aujourd’hui c’est chacun dans son coin, et tout le monde réfléchit à comment carotter l’autre. Notre but, c’était d’aller toujours au delà du terminus, au delà des limites fixées, je ne ressens plus ca chez la jeune génération rap. »
Rupture entre Assassin
Lassitude, impression d’avoir fait son taf en ouvrant la voie, embrouilles internes ? Toujours est t-il qu’en 1994, Solo quitte Assassin.
Mais il garde cependant un pied dans le rap, puisqu’en 1995 il assure la coordination et la direction artistique de la Bande Inspirée de La Haine, où il tient d’ailleurs un petit rôle. On y retrouve les groupes les plus talentueux de la Génération rap 90, des Sages Poètes de La Rue à Expression Direkt en passant par Sté Strausz, La Cliqua, Ministère AMER et leur sulfureux « Sacrifice de poulets ».
Avoir quitté le groupe en pleine apogée, n’était ce finalement pas pour devenir une légende ?
La politique, ce n'est pas notre métier
« Je me suis senti vexé et dépossédé d’un jouet que j’avais créé. A la manière d’un gosse qui par fierté le jette et le casse, et dit à son camarade « garde-le ! ». Je me rends compte que c était une manière de fuir. Je m’en suis voulu à moi même, de ne pas avoir su gérer ca. C'est beaucoup plus de ma faute que celle de Squat. Il est comme il est, j’aurais du appréhender ca avec maturité. J’étais trop jeune, trop égocentrique pour savoir faire face à nos désaccords internes. C’était plus simple de fuir, et j’ai manqué de courage, finalement. Aujourd’hui avec le recul, je pense qu’on aurait pu casser la baraque. Au delà du succès d’estime qu’on a eu, on aurait pu s’inscrire dans la durée et dans quelque chose de vraiment constructif. Je ne pense pas à un succès commercial, ça n’a jamais été le but visé de toute façon. On a peut être pété plus haut que notre cul, en prétendant avoir un discours politique qui est devenu peu à peu moralisateur, car il faut reconnaitre que ce n’était pas notre métier. »
Mais les rappeurs sont aussi là pour ça, non ? « Oui mais tu ne peux pas passer ta vie à te tirer des balles dans le pied, à jouer les vrais rebelles, à te cramer, et ensuite te plaindre de ne pas bénéficier d’une exposition médiatique ? Il faut être logique. Le paradoxe d’Assassin, c’était justement ce mélange entre un prolétaire et un fils de bourgeois, et ce n’est pas du tout une critique. Pour moi c’était loin d être un problème mais une richesse. Là où ça a pu devenir délicat, c’est quand Squat se focalisait sur des problèmes sociaux, me ramenait sans cesse dans des choses que moi je vivais au quotidien, et dont je faisais tout pour me sortir. »
Enterrant les vieux désaccords, Solo fera une apparition surprise au concert d’Assassin, à l’Olympia, en 2009. Acclamé par une foule en délire, c’est comme s’il avait quitté le rap la veille. A l’heure des succès Kleenex et des buzz éphémères sur Youtube, la fidélité de son public était d’autant plus saisissante.
« Ca m’a profondément touché, j’avais besoin de me rassurer. Sans nostalgie, car j’étais déjà projeté vers l’avenir. C’était juste la petite piqure de rappel qui m’a donné l’énergie de mener à bien mes projets. J’ai moi même été surpris : j’arrive sur scène, j’avais cette espèce de prestance genre « Qu’est ce qu’il y a, la scène est a moi ! » Toi et moi on peut en rire, car tu me connais assez pour savoir que ça n’a rien à voir avec celui que je suis dans la vie. Et quand d’un coup, tout le public s’est levé, même les spectateurs au balcon, qu’ils ont tous hurlé, j’ai failli perdre mon souffle. Heureusement, je connaissais mon texte, les vieux automatismes sont revenus. Sur les images, je vois même que Te-Squa est ému. »
Dans le public ce soir là, les fans d’Assassin avaient entre 30 et 40 ans pour la plupart. Ressent t-il une forme d’ingratitude du jeune public bercé à Booba ou La Fouine qui oublient parfois de Respecter l’ancienne école ?
« Il s’agit plus d’ignorance que d’ingratitude. Les jeunes babys rockers ont plus de respect, il est inconcevable pour eux de ne pas kiffer les Stones ou Led Zep, alors que beaucoup de gosses soit disant fans de rap aujourd’hui n’ont jamais écouté Assassin. Mais avec le recul je me rends compte que ce n'est pas écoutable aujourd'hui comme ça l'était à l'époque. Le Futur que nous réserve-t-il est mortel, mais ce n’est pas accessible à tous, il faut se mettre dedans, se faire à ce son si particulier ; On ne faisait pas du G-Funk ni du easy listening »
DJ Mehdi l'alter ego
Depuis le début des années 2000, il s’est donc tourné vers l’électro, et a monté son label, Black Frog entertainement.
« Mon public pense que j’ai fait un virage à 90 degrés mais ce que les gens ignorent, c’est que j’ai toujours été là dedans. J’ai toujours aimé la club music, depuis tout petit, avec le Disco & la Funk , puis en 88 à New York avec les débuts de la house music au Paradise Garage de Larry Levan»
« Vers 2002, on a commencé Uncle O & moi même les soirées Toxic. Le plus important pour nous était de garder l’esprit ouvert car dans le rap à Paris, l’air devenait irrespirable. Ca se mordait la queue, et dans ce milieu plus électro, j'ai eu l’occasion de montrer ce que j’aimais dans la musique en général, sans m’embarrasser de ce truc de pseudo crédibilité. C’est aussi pour ca que j’ai coproduit ce groupe Monomaniax, c’est l ouverture d’esprit, le fait de n’être jamais là où on m’attend qui m’a motivé. C’est là ou la mort de DJ Mehdi m’a le plus touché. C’est le seul qui avait ouvert le spectre & sortait des codes d’un univers typiquement hip hop. J’avais essayé de faire ca depuis des années, et je voyais en lui un alter ego de la génération suivante. Le mec qui vient du rap et qui est capable de prendre ce qu’il y a de bon ailleurs, c’est si rare. »
On voit aujourd'hui les effets de de qu'on a dénoncé
S’il demeure passionné par la musique en tous genres, Celui qui affirmait qu’il ne serait jamais esclave de notre société, semble résigné par rapport aux sujets qui constituaient ses étendards à l’époque…
« La corruption, les violences policières, les inégalités, ca me révolte toujours autant. J’essaye de m’informer, je reste critique. Déjà dans les années 90 on rappait « la corruption de la police et de la justice, qui a le plus de vice ? » et les choses n’ont fait qu’empirer, on voit aujourd’hui les effets de ce qu’on a dénoncé à l’époque : l’omnipotence de la police, la corruption. On nous a pris pour des allumés idéalistes mais aujourd’hui les gens réalisent ; au final ça a arrangé tout le monde que notre propre truc périclite, on devenait gênants »
Et 2012, dans tout ca ? « Pour qui vais je voter ? Je ne sais pas encore pour qui, mais comme le dit Guy Bedos je sais pour qui je ne vais PAS voter. »
«Aujourd'hui les rappeurs gangsta vont chez les keufs quand ils ont un problème »
Contre Sarko, on suppose ?
« Je laisse planer le doute… (éclats de rire) Je déconne enfin ! Tu crois vraiment qu’un négro comme moi pourrait donner sa voix à Sarkozy ? »
Et la Nouvelle génération, il la voit comment ?
« Aujourd’hui, le public rap veut du fantasme, du sensationnel. Quand je vois les clips de Booba avec des guns et des gangsters, ca n’a rien à voir avec la réalité de ce milieu, avec tout le respect que je lui dois car c’est quelqu’un de talentueux. Les rappeurs deviennent des acteurs, c’est étrange. Les temps ont changé : aujourd’hui, les rappeurs gangsta vont chez les keufs quand ils ont un problème. Moi je suis à l’ancienne, si quelqu’un me cherche, je monte une équipe et je me bats à la loyale ! Les plus prometteurs à mon sens, ce sont les OVNIS : La Caution, Oxmo, Orelsan chacun a son délire mais ils ont tous un truc incroyable. »
La Caution qui fit ses premiers concerts en tournant avec…Assassin, la boucle est donc bouclée.
Aujourd’hui Solo mixe régulièrement à Paris, aux cotés d’artistes électro le plus souvent. En quoi l’émotion du DJing est t-elle différente d’un concert de rap ?
«L’électro funk c'est quoi ? Kraftwerk avec des renois !»
« Ca n’a rien à voir mais ça peut être aussi intense : J’ai des souvenirs forts de mes mixs avec DJ Pone. Il est aussi issu du milieu Hip Hop, ce n’est peut être pas un hasard ; les quelques fois ou on a mixé ensemble, c’était le feu, le truc ingérable, chaque morceau était une explosion. Le genre de set ou tu sors trempé, extenué, où tu as tout donné. Avec Brodi (Le DJ Brodinski, NDLR) aussi, au Social Club ou ailleurs. Un truc qui se passe et qui entraine tout le monde. Sentir que l’autre artiste kiffe ce que tu fais, qu’il se lâche avec toi, c’est ca qui est extraordinaire. J’ai rencontré Brodinski la première fois à Reims quand il avait 18 ans, mais je l’ai vraiment découvert des années plus tard. Tu te souviens de cette soirée folle au Rex, en 2007? Je mixais avec Vinco (Kavinsky, qui connait notamment un énorme succès pour sa contribution à la très remarquée bande originale de Drive), j’ai tout mélangé, du rap, de l’électro, de la funk. Brodi est venu me voir, il était comme halluciné, il m’a dit que c’était l’un des meilleurs sets qu’il avait entendu depuis des années. Et maintenant, c’est moi qui suis ébahi devant lui, je suis fier d’avoir fait des trucs qui ont pu l’impressionner. Il a une capacité énorme à toucher son public, dans toutes les boites, dans chaque coin de France et du monde, il n’y a pas une fois où il ne se passe pas quelque chose pendant un de ses sets. »

Et justement, le futur, que lui réserve t-il ?
« J’aimerais développer mon label, et faire de la musique sans pression, uniquement pour mon plaisir. Il faut arrêter de compartimenter. Rap ou électro, on n’a pas à choisir son camp. Si tu regardes bien, le premier morceau sur La formule secrète est déjà un morceau mi rap-mi électro. La basse, le rythme, tout y est. Et puis l’électro funk c'est quoi ? Kraftwerk avec des renois ! »
…Best of both worlds, comme disait l’autre.



