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La SocGen, société pas si géniale
La condamnation aux prud'hommes de la Société générale pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, le 13 février, éclaire le management particulier de la banque rouge et noire.
«La Société Générale condamnée pour le licenciement abusif de deux traders». L'info court depuis la Saint Valentin. Une mauvaise nouvelle de plus pour la banque rouge et noire qui, depuis 2008 et l'affaire Kerviel, multiplie les déboires en accumulant les gros titres.
Le 13 février, au tribunal de Nanterre, la Société géniale s'est vu signifier par le juge des prud'hommes qu'elle avait infligé sans fondement un blâme puis licencié sans cause réelle ni sérieuse Eric Léandri et Didier Meyer. 185 000 euros de dommages et intérêts pour les deux hommes. Des traders? Plus que ça. Les anciens responsables mondiaux de l'ingéniérie financière et des options de change.
Un blâme à 130 millions d'euros de bénéfices
« Notre métier n’est pas de spéculer, précisent-ils à Bakchich, mais de concevoir et d’assurer des couvertures de change pour des gros clients de la banque». La SG les avait embauchés pour cela: mener des opérations d'ordinaire réservées aux grosses banques anglo-saxonnes. Avec succès.
En juin 2008, les deux managers sont même félicités unanimement par les pontes du siège du boulevard Haussmann. Après un an de labeur, Arcelor Mittal signe avec l'établissement un accord visant à prémunir le géant de l'acier des variations du cours des devises. L'opération permet à l'industriel d'économiser un milliard de dollars, la banque empoche 130 millions d’euros pour son oeuvre. Même Jean-Pierre Mustier, alors responsable de Banque de financement de la SG, les félicitent personnellement. Des honneurs qui semblent aiguiser de menues jalousies autour de ces deux atypiques, ces hors sérail, issus des groupes industriels quand les boss de la banque viennent des grandes écoles X, mines, etc…
«Entre gentlemen il faut accepter de se faire enculer»
Une 2e phase de l'opération est bouclée en octobre 2008. Une réussite: le début des soucis. Le département des risques hurle qu'il n'a pas donné le go, que les procédures n'ont pas été respectées. La fantôme de Jérôme Kerviel plane encore. Une inspection interne est lancée. Sans que leur soit communiqué le rapport final, Meyer et Léandri écopent en février 2009 d'un blâme, qui les privent de leurs primes. Et consigne leur est donnée de ne pas moufter, pour couvrir la chaîne de commandement. Difficile à avaler. Les deux professionnels ont gardé le mail de confirmation, daté du 8 octobre 2008, donnant le feu vert à l'opération. Il émane de leur supérieur direct: Olivier Khayat, Responsable de la Division mondiale Marchés de Taux, Changes et Matières Premières pour la Banque. Le courriel n'a rien changé. Leur est gentiment signifié qu’ils n’auraient pas du suivre l'ordre de leur supérieur. Sûr de leur faits, fiers d'avoir fait engranger 130 millions à leur boîte, les deux impétrants refusent de s'écraser. Et la résistance entraîne leur chute.

A l'été 2009, Meyer et Léandri saisissent les prud'hommes en vue d'annuler leurs blâme. Les conseils des hauts dirigeants, façon «dans un club de gentlement il faut accepter de se faire enculer», échouen à calmer leur courroux.
Roméo ou le management sauvage
En parallèle, ils réussissent un nouvel accord avec Arcelor en 2009, validé le 25 octobre avec l'aval, notamment, de Frédéric Oudéa, alias la Poire Belle Hellène. La banque veut alors tenter de faire l’opération sans eux et les licencie brutalement en leur signifiant une dispense de travail le 27 et 28 octobre. Un enfumage en règle. Les 2 et 7 décembre, ils reçoivent leurs lettres de licenciement. Elles n'évoquent que le blâme qu'ils ont contesté, «les polémiques incessantes» créées pour le faire retirer. Des motifs que les Prud'hommes, siégeant en départage au tribunal de Nanterre n'ont évidemment pas jugés comme des causes «réelles et sérieuses de licenciements». Le blâme a également sauté.
Une première victoire en 3 ans de procédures. Une bataille de gagnée qui ne compense pas complètement le préjudice de carrière resté immense.
« Nous avons toujours eu à cœur de servir au mieux les intérêts de la banque et de ses clients, décrivent-ils à présent. Après une longue bataille, nous sommes heureux de pouvoir enfin restaurer nos réputations professionnelles grâce à la décision du conseil des prud’hommes de Nanterre». Un jugement qui sonne comme une sanction pour la Banque. Et son management contesté. Au fameux plan Roméo, piloté par Inès de Dinechin, débarquée depuis de son poste de DRH et recasée depuis, a succédé un plan social historique, 880 postes supprimés. Quant au business créé par Meyer et Léandri, il a disparu avec leur départ. Premières victimes d'un management sauvage.



