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PENALTY (HORS-JEU ?)
Jusque-là, on s’était habitués à entendre des homélies sur les émoluments scandaleux des footeux, mais à titre d’avertissements sans frais. Enfin, un arbitre sort son sifflet.
C’est peut-être le premier véritable événement de cette campagne : Hollande a sortit un pétard de son chapeau, qui produisait plutôt des lapins roses, en balançant comme une grenade sa proposition d’imposer à 75% les revenus au dessus d’un million d’euros. Il a failli sauter avec la mine, s’emmêlant les pinceaux entre revenus mensuels et annuels, c’est dire s’il est rare, pour un candidat et par les temps qui courent, de tirer sur quelqu’un d’autre que son adversaire, en sortant, qui plus est, la grosse artillerie…
SIMPLET SUPERSTAR
Cette bombe aura fait au moins une victime, à savoir le seul footeux trouvé par les rédactions pour râler sec contre cette offensive fiscale. Je dois dire que, pour moi, ce fut une découverte : si un gars comme cet inconnu est payé 100 000 euros par mois ou davantage, c’est que les pingouins (comme on dit en pays de rugby, parce que, comme les pingouins, le footballeurs ne se servent pas de leurs mains) sont désormais hors de prix. Pas tout à fait inconnu, puisqu’il joue pour une équipe qatari bien connue en Ile-de-France, mais peu mis en valeur par sa fiche sur Wikipédia, à laquelle j’ai dû me reporter pour le situer : on apprend que l’homme est « un remplaçant efficace qui s'avère précieux », élégante formule qui ne le désigne pas comme une vedette indispensable au prestige du club et à sa carburation optimale. Un million par an pour un remplaçant, c’est vraiment précieux, et je comprends qu’il se rebiffe pour faire parler de lui, d’autant plus qu’il n’a jamais été retenu en équipe de France, promotion qui, si je me fie à la qualité de jeu que celle-ci nous donne à voir, est à la portée de presque tout le monde.
Disons que c’est un honnête travailleur qui rentre sur le terrain quand on a besoin de lui, et qui rêverait d’être embauché par Chelsea ou le Barça, mais sait parfaitement qu’il risque de revenir à Lorient. Je résume : si vous pensiez qu’à ce tarif, il n’y a que les vedettes, vous vous plantiez. Il y a aussi du milieu de gamme, aspiré par l’inflation générale, histoire de ne pas gâcher l’ambiance du club avec des jalousies salariales, j’imagine. Comme quoi, pour le bien de la société, il faudra veiller à ce que l’écart entre les salaires, comme au PSG, n’excède pas un rapport de 1 à 10. Au delà, c’est trop injuste : une fois de plus, le sport nous donne une grande leçon.
REVENUS ET REPARTIS
En attendant, j’ai comme vous observé que les vedettes, les vraies, ont soigneusement fermé leurs gueules. C’est qu’ils ont du métier, les bougres, et ne tiennent pas à écorner leur popularité en avouant la hauteur délirante de leurs revenus à tous les smicards qui les regardent dans les stades ou à la télé. D’accord, ils bouffonnent un peu, ils sortent en Ferrari, ils se paient des villas avec trois piscines et des putes avec des bonnets C, mais globalement ils la jouent discrète. Leur pognon, tout le monde est au courant, mais on fait comme si de rien n’était, sauf quand cette bande de zozos, après avoir joué les chèvres sur les pelouses de la Coupe du Monde, nous font le coup de cause à mon cul, en singeant les baronnes offensées dans leur bus avec Madonna vissée dans les esgourdes, puisque Zahia n’a pas encore enregistré d’album. Dans ce moment historique, il s’était bien élevé quelques voix pour dire que ces sales gosses méritaient deux baffes et le gel de leurs avoirs bancaires, mais finalement, en tortillant du cul et en pleurnichant pour qu’on ne leur sucre pas toutes leurs primes, ils avaient obtenu la pire des absolutions, celle que procure l’amnésie. Du coup, nos Bleus se sont écrasés, laissant à un troisième couteau le soin d’affirmer devant la presse qu’il n’avait pas commis de hold up pour arriver à sa brillante situation (on veut bien le croire, il n’a pas l’air méchant), et que si le fisc lui tombe sur le râble comme le souhaite Hollande, il aura le sentiment « de travailler pour pas grand chose ». Donc, pour Christophe Jallet (je dis son nom, puisqu’il voulait faire parler de lui), 80 000 euros par mois (qui le mettent hors de la surtaxe), c’est « pas grand chose ». La classe. En sport-études, on leur apprend aussi à réfléchir, mais pas trop.
DROIT AUX PUTES !
Du coup, la droite s’est déchaînée, en prenant fait et cause pour les « 120 à 150 » footballeurs qui allaient se retrouver sur la paille. Bon, de prime abord, 120 à 150 victimes, c’est pas un tsunami fiscal, mais si on y réfléchit, c’est terrifiant : qui aurait pu croire, à part les obsédés du ballon rond qui savent tout sur tout, que les clubs français balançaient tant de pognon par la fenêtre à payer un si grand nombre de princesses, pour aboutir à se faire vider ordinairement de toutes les coupes internationales avant le dernier quart d’heure, et parfois de la coupe de France en trente-deuxième de finale par des amateurs ? Regardez les deux derniers matches de l’OM (16 milionnaires tombant sous le râteau d’Hollande…). Admirez la prudence d’Ancelotti, le patron de Jallet, qui « respecte la position » du candidat. La chasse aux salaires indécents ne tuera rien, parce qu’il n’y a pas grand chose à tuer. D’autant plus que nos vedettes, celles qui brillent un peu au firmament du Hall of Fame footballeux (fût-ce au second rang), elles jouent à l’étranger, chez les espingouins, chez les angliches, chez la mafia, ou même au Bayern de Munich, célèbre pour ses saucisses. Ne parlons pas de l’inoubliable Dark Vador fuyant Knysna sous sa capuche noire made in Trappes, il se casse chez les chinois, histoire de prendre de la hauteur, pour encaisser douze millions par an en jouant contre des juniors sous la houlette de Tigana, lequel va enfin pouvoir se payer un briquet en or à ronger pour économiser les allumettes. Pas concernés, les mecs, juste concentrés sur leur sport, la Chine s’éveille au foot, va pour la Chine, c’est plus cosy que le Kazakhstan et moins chaud que le Qatar, qui vient d’ouvrir une succursale à Paris. C’est comme les putes de luxe, tu raques, elles prennent l’avion, en voiture pour Bruneï, il paraît que le sultan a de quoi. Il est normal, dans ces conditions, que le Tsunami des Tatamis, ministre des droits télé, s’alarme et envisage le naufrage pur et simple du football en France, avec cette puissance de raisonnement que chacun lui reconnaît. Ben oui : si on ne peut plus payer très cher des joueurs étrangers, les amateurs français n’auront plus la pêche, les minots sont foutus de travailler dur à l’école au lieu de tremper le maillot dans l’espoir de rentrer à l’OM ou dans les écuries d’Aulas, ils pourraient même faire sport-études section rugby ou handball, histoire d’être parmi les meilleurs du monde pour des salaires à peine confortables sur l’échelle de Neuilly.

GREED IS GREAT ?
Parce que le fond de l’affaire, c’est ça : il faut élargir la focale, les salaires indécents, c’est pas seulement cent cinquante footballeurs, trois tennismen déjà exilés depuis belle lurette, deux golfeurs (ça alors ! félicitations, les mecs, gagner autant de fric pour un sport aussi débile, c’est du génie !) et quelques artistes de cinoche ou de music-hall qui ont peur de finir à Ris-Orangis – mais pas un écrivain, à ma connaissance, ni un chercheur qui trouve un bout du remède contre le cancer, ce qui est chiant pour le pays de Victor Hugo et de Pasteur. Faut pas laisser le ballon rond nous cacher le bosquet des 3500 veinards qui empochent plus d’un million par an. Opération enfumage, la cible, ce n’est pas la ligue 1, c’est le club des zigotos qui se sont augmenté de plus de trente pour cent l’an dernier, pendant qu’on nous faisait l’apologie des trous dans la ceinture, les riches insolents qui ont pour seule ambition un « toujours plus » sur lequel, par distraction, De Closets n’a pas encore eu l’inspiration de se plonger. C’est la tribu des Sioux de la finance, parce que lorsqu’il y a de la spéculation, faut bien qu’il y ait des filous qui spéculent, on l’oublie trop souvent, et que si on veut moraliser la finance, comme le veut monsieur Sarkozy depuis quelques mois seulement, faut pas continuer à dire que « la concupiscence c’est grand », vous savez, la devise des yuppies dans La Firme, avec Michael Douglas et ses bretelles – et encore, lui, il trempait la chemise et se faisait des frayeurs pour bricoler des coups de bourse, tandis que pour l’essentiel, nos milliardaires se la coulent douce à détacher des coupons, et finalement se font taxer à 17 ou 25% comme des chefs de bureau… Et je ne parle pas de ces « grands patrons » qui donnent l’exemple de l’austérité salariale en se réservant les augmentations, faut pas gaspiller la générosité, et dont certains poussent le cynisme jusqu’à prétendre se dépouiller de leurs bonus après avoir fait grimper leur « fixe ». Ni même de miss Kosciusko-Morizet, charmante hyène évaporée du cirque Sarkozy, qui est prête à payer « un peu plus de 4 euros » un ticket de métro, ce qui montre à quel degré une ex-ministre devenue porte-parole est en phase avec le coût des choses ordinaires pour les gens ordinaires : si on taxait les gaffes à 75%, elle aurait le fisc aux fesses…
Le fisc au secours de la morale ? Et pourquoi pas ? L’idée de solidarité sociale – l’impôt est une de ses expressions - a été totalement pervertie par une idéologie libérale qui n’étalonne ses valeurs que sur la fortune. Ce n’est plus : « enrichissez-vous ! », c’est « fuck les pauvres ! ». L’hypothèse que toute fortune est méritée est une monstruosité – au mieux, certains grands riches se sont contentés de naître, au pire, ils n’ont fait que s’approprier excessivement les richesses produites par d’autres. Elle est là, la « tartufferie » que prétend dénoncer notre Bourgeois Gentilhomme national quand il refuse qu’on taxe ses très riches : aussi longtemps qu’on paiera un footballeur cent fois plus qu’un prix Nobel, on aura tout faux.
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