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Les bons comptes de la BNP dans les écoles du 93

Le Qatar n'est pas la seule bourse des banlieues populaires parisiennes. La banque BNP Paribas investit aussi, y compris dans les collèges publics de Seine-Saint-Denis.

 

 

En décembre 2009, le Conseil Général de Seine-Saint-Denis, le rectorat et la Fondation BNP-Paribas ont signé un partenariat surprenant. Nom du baptême : « L'Opération Odyssée Jeunes ». Son objet : La Fondation BNP-Paribas, directement liée à la banque, s'engage à financer les voyages scolaires des collégiens du département. La Convention avec la Fondation BNP-Paribas, écrite et signée par le Président du Conseil Général, M. Claude Bartolone (PS), déborde d'enthousiasme : « Entre le Département et le groupe BNP-Paribas c'est – allez, j'ose le dire sans rougir – une longue histoire d'amour ». On comprend pourquoi, en lisant les dernières lignes du texte : « Je vous le dis, je n'ai aucun tabou avec le monde de l'entreprise (...) Je lance aujourd'hui un appel à toutes les entreprises qui souhaiteraient investir dans l'avenir de la Seine-Saint-Denis ».

Ainsi, M. Bartolone, pourtant socialiste, non seulement souscrit, mais encourage, le privé à investir dans l'éducation publique.

 

Pas d'ordinateur ni de centre de formation mais des voyages

 

 

Claude Bartolone a d'ailleurs négocié lui-même le partenariat, directement avec le Directeur Général de la BNP-Paribas, Baudoin Prot, un de ses amis. Depuis, la banque, qui est également le plus grand employeur privé du département, donne chaque année un million d'euros aux collèges du 93. Des jeunes ont visité Toulouse, Londres, Madrid, une classe est même partie au Chili. Une belle affaire ! Mais la majorité de ces établissements n'est pas équipée en ordinateurs...

 

 

Par ailleurs, « ce sont toujours les dix mêmes établissements qui tournent », confie un proche de M. Bartolone. Et le soutien financier de la banque (en moyenne 10 000 euros par projet) ne suffit en général à payer que la moitié d'un voyage. Aux parents d'élèves de régler, s'ils le peuvent, la deuxième partie. Une enseignante d'Aulnay-sous-Bois ne cache pas son malaise : « D'énormes logos BNP-Paribas figurent sur les documents de présentation fournis aux enseignants, c'est gênant. De rares établissements refusent de percevoir cet argent, considérant que le privé ne doit pas entrer dans l'éducation publique. Mais on nous a coincés : ni l'Education Nationale, ni le Conseil Général, ne nous donne le budget nécessaire pour monter ce type de projets ». Le maire de Saint- Denis, Didier Paillard, semble lui aussi perplexe, quoique ne remettant pas en cause l'insertion du privé dans le public : « C'est tout le paradoxe de ce département, endetté. Mais je pense que créer un centre de formation aurait été plus opportun que d'organiser des voyages » (1). 

 

Au contraire très à l'aise, la BNP-Paribas a récemment renouvelé le contrat, s'engageant à verser trois millions d'euros sur les trois prochaines années. 

 

En 2009, BNP-Paribas Securities Service a installé ses bureaux à la place des Grands Moulins de Pantin, une minoterie industrielle créée en 1884, en Seine-Saint-Denis. Disons-le sans rougir, le blé a remplacé le blé...

 

 

(1) Au 1er janvier 2011, la dette du département s'élevait à 952,7 millions d'euros.

 

 

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