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Rebelote au Wagram

La saison 4 de Mafiosa ne débute que le 18 mars sur Canal +. Pour les impatients, il reste la saga du Cercle Wagram, dont un nouvel épisode très attendu s'est déroulé cette semaine. Les anciens dirigeants de l'établissement de jeux parisien ont été incarcérés pour blanchiment. Explications.

 

 

People, flics, voyous. Le casting de l'affaire du Cercle Wagram n'a pas changé. Les rôles se sont seulement étoffés avec la nouvelle vague d'interpellations lancée depuis le 5 mars par les juge Tournaire et Robert en charge des instructions sur l'établissement de jeux parisien.

 

Une vingtaine de personnes ont été appréhendées entre Marseille, la Corse et le Var, envoyées au tourniquet de la juridiction interrégionale spécialisés de Paris, pour un deuxième acte du dossier où les présumées victimes d'extorsion d'hier ont revêtu leurs habits de suspect de blanchiment… d'avant-hier.

 

 

Derrière Wagram II, Wagram I

 

Les récents interpellés sont pour la plupart liées à l'ancien équipe dirigeante du Wagram, les «expulsés» du 19 janvier 2011. A cette date, une équipe de truands corses pénètre dans le Cercle pour en chasser les tenanciers et prendre le contrôle de l'établissement. Les putschistes, parmi lesquels des acteurs de Mafiosa, auront tenu jusqu'à juin. 

 

Une première vague d'arrestation vient clore l'aventure et les portes du Cercle. 

 

La séquence d'investigation baptisée Wagram II par le Service central des courses et jeux, laisse supposer l'existence d'un préquel : Wagram I dont la trame se déroule à présent.

 

 

Le règne des enveloppes

 

Ce volet a débuté en décembre 2010, après que Tracfin, la cellule antiblanchiment du ministère des Finances a repéré d'étonnant dépôts en liquide de l'un des croupiers du Cercle, dealer à ses heures. 227 000 euros découverts dans ses coffres et sur ses comptes. Interrogé le garçon avoue recevoir chaque mois des rémunérations en liquide. «Tous les employés avaient également une enveloppe de revenu complémentaire chaque mois, indépendamment de leur salaire propre », confie-t-il en audition.

 

Suffisant pour mettre sur écoutes le ban et l'arrière ban des employés du Cercle. Les lignes lancées  ne tardent pas à mordre. Des fonds occultes circulent bien au Wagram. Les 15 tables de poker s'avèrent de redoutables machines à cash, au débit normalement contrôlé par l'association du Cercle, censé régenté son fonctionnement. 

 

 

A sa tête, un ancien commandant des Renseignement généraux, Honoré Renon assure la présidence, flanqué de Jean-François Rossi, trésorier et dans le rôle du secrétaire Jean Testaniere, «le mage», conseiller très prisé de vedettes du show biz qu'il recevait au Wagram.

 

Evincé de force en janvier 2011, interpellés et gardés-à-vue lors de l'opération de juin dernier, le triumvirat sort sans dommages alors des locaux de la police avec un statut de témoin. 

 

Ils pensaient ne pas avoir à se remettre à la table. Ni être incarcéré après leurs 96 heures de garde-à-vue. Le coup de filet de début de la semaine s'inscrit pourtant dans le droit fil du rapport de Chritian Lothion du 18 juillet 2011. Le directeur central de la police judiciaire, demande le retrait définitif de l'autorisation de jeux à l'association du Cercle. En résumé sa fermeture.

 

 

1,6 millions d'euros d'origine indéterminée

 

« Depuis plusieurs années, l’administration de l’association et la direction des jeux ne sont pas assurés par les dirigeants qualifiés auxquels l’autorisation de pratiquer les jeux de hasard a été délivrée », note le grand flic qui pointe «la mise en place d'un système de rémunération du personnel en espèces, dont l'origine n'est pas déterminée». 

 

Indéterminée certes, mais très organisée. «Des tableaux comptables répertorient les salaires nets,, les acomptes ou primes éventuells, ainsi que les compléments de salaires en numéraires, intitulés EV, pour enveloppé […] ces sommes atteignaient entre 125 000 et 156 000 euros par mois».

 

De décembre 2009 à décembre 2010, «le montant de la rémunération complémentaire du personnel affiché dans la comptabilité parrallèle atteint plus de 1,6 million».

 

Fraude ou blanchiment?

 

Les dirigeants du Cercle, pour factices qu'ils soient, peuvent difficilement s'exhonérer de ce système. Les statuts de l'association précisent que le président « représente l’association dans ses rapports avec les tiers et en justice, tant en demande qu’en défense […] En cas d’empêchement, ses fonctions et pouvoirs sont exercés conjointement par le secrétaire et le trésorier ».

 

Au mieux pouvait leur être reproché une fraude aux déclarations sociales, pratique courante dans les Cercles de Jeux.

 

Au pire du blanchiment, en lien avec le grand banditisme insulaire. Jean Testaniere, Honoré Renon et Jean François Rossi ont été mis en examen vendredi 9 mars pour blanchiment en bande organisée, association de malfaiteurs, abus de confiance et recel et placés en détention provisoire. En compagnie d'Angelo Guazzelli.

 

 

Principale prise du coup de filet du 5 mars, Guazzelli, ponte présumé et survivant, du gang bastiais de la Brise de mer s'avère une très bonne connaissance des dirigeants du Cercle. 

 

Un Cercle dans l'Héritage de la Brise

 

Lors de ses passages à Paris, le paisible vendeur d'huiles d'olives loge dans l'appartement grâcieusement prêté par Jean-Claude Darmon, le grand argentier du foot français, à Jean-François Rossi et Jean Testaniere. Au moment d'engager du personnel, Honoré Renon, le président de l'association, avoue même avoir consulté Angelo pour receillir son approbation. «Je suppose qu'Angelo Guazzeli avait des intérêts dans le Cercle, et comme il est très ami avec Testaniere, je suppose que c'est lui qui représentait ses intérêts au sein du Cercle», résume Nono devant le juge le 14 septembre dernier. Une confirmation de ses propos du 10 juin et du soupçon qui plane. 

 

Sur le dossier du Wagram, que les policiers ont affublé du nom de code Largo Winch, ont soufflé les derniers relents de la Brise de Mer. Décimée par la guerre qui ensanglante le milieu insulaire depuis 6 ans, miné par les rivalités internes, le mythique gang corse s'est également disputé le contrôle du Cercle.

 

Comme dans la BD de Francq et Van Hamme, les tensions sont nées autour de l'héritage d'un défunt. Richard Casanova, figure de proue de l'association de malfaiteurs corse, est assassiné en 2008 . Sa mort se ressent jusqu'à Paris. La direction du Wagram change. Ses proches en sont peu à peu évincés en 2009 au profit des amis de Guazzelli, eux mêmes sortis du jeu le 19 janvier 2011 par «une équipe montante de malfrats défendant de façon violente le patrimoine et les investissements occultes de leur mentor feu Casanova» selon la description que font les enquêteurs de Frédéric Fédérici, Stéphane Luciani ou encore Jean-Luc Germani, beau frère de Richard. 

 

Pour n'avoir su s'entendre, les héritiers de la Brise ont vu la justice solder leurs parts...

 

 

 

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