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Kerviel cherche l'ouverture
Le procès en appel du trader s'ouvre ce 4 juin. Des débats qui promettent d'être animés. Avant le procès en première instance, en 2010, la direction de la com' de la banque avait longuement briefé ses salariés.
Deux ans après son procès en première instance, Jérôme Kerviel repasse devant la justice. Direction la cour d'appel de Paris, chambre 5-12, du 4 au 28 juin, appelée à se prononcer sur la condamnation de l'ancien trader de la Société Générale à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts et 3 ans de prison fermes pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatique.
En 24 mois la position de l'ex fils prodigue de la banque n'a pas beaucoup varié, pas plus qu'en 2008 lors du déclenchement du scandale. En résumé oui Kerviel a bien réalisé des opérations fictives mais ses supérieurs étaient totalement au courant, le procédé usé et abusé au sein de la SG et sinon encouragé du moins largement toléré par la hiérarchie tant que cela gagnait. Sa stratégie de défense a, elle, considérablement changé.

Pour le défendre désormais, Me David Koubbi a pris les rênes, remplaçant au pied levé le ténor Olivier Metzner et multipliant les attaques contre la banque. Entre autres joyeusetés pour escroquerie au jugement et pour faux et usages de faux, sans que la banque ne réagisse vivement.
Par peur de sortir des fantômes du placard, à l'instar de ce trader suicidé six mois avant le scandale Kerviel et dont la commission bancaire a relevé que «la méthode de dissimulation était donc analogue à l'une de celles utilisées -au même moment- par Jérôme Kerviel»? L'argument met à bas tout un pan du dossier, présentant Kerviel comme une brebis égaré du troupeau menée par les bons pasteurs de la banque rouge et noire.
Plaidoyer à usage interne
Cette jolie fable, validée par la condamnation solitaire de Kerviel en première instance, a également été longuement diffusée au sein de l'établissement, avant même le procès.
Le 2 mai 2010, un mois avant l'ouverture des débats, un grand nombre de salariés a reçu tout un mémorandum de la direction de la communication sur l'affaire Kerviel, assortie d'un message clé- des éléments de langage en politique- aux «Ambassadors pour information et démultiplication» afin de «vous permettre de répondre aux éventuelles questions de vos équipes de vos clients et de votre entourage».
S'ensuit un long plaidoyer pro-domo sur ce «chapitre douloureux» de l'histoire de la banque, «qu'au-delà du préjudice financier, Jérôme Kerviel a compromis la situation et la réputation de la banque et de ses 160 000 collaborateur ainsi que leur capacité à accompagner les millions de clients qui lui font confiance». Et promis, «la banque a agi en toute transparence dès la découverte de la fraude et en a bien sûr tiré les leçons pour éviter qu'une fraude de cette nature puisse se reproduire».
«Si l'on a besoin d'un bouc émissaire»
Le beau laïus a nénamoins fait tiquer quelques élus du comité d'entreprise des services centraux de la banque, et animé la réunion du 28 mai 2010, déjà évoqué par Bakchich.
«Je suis globalement d'accord avec ce qui est écrit, mais la transparence consiste à indiquer les deux points de vue, là c'est vraiment à charge et cela suffit» s'étrangle un indigné du CE. «Si l'on a besoin d'un bouc émissaire...Je ne suis pas du tout en train de défendre Jérôme Kerviel car il a fait un acte répréhensible c'est vrai. Certaines personnes de la société générale, notamment des responsables hiérarchiques, ne sont plus à la Société Générale car elles ont préféré partir ou on les a mises à la porte mais pas toutes.» Et le représentant de regretter que Kerviel «n'a même pas pu se défendre à la Société Générale». Dommage en effet, poursuit un autre élu du CE. «Porter quelqu'un au pilori, quelqu'il soit pour essayer de se dédouaner d'un certain nombre de choses sans avoir la contrepartie des propose me paraît un peu fort de café.»
Mais cela paraît fort bien convenir à la SG.
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