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L’Oréal : A l’Est, un parfum de souffre… (2/3)

 

Deuxième volet de notre enquête sur les aventures du géant de la cosmétiques vers les anciennes républiques soviétiques. Où l'on découvre que le plus court chemin vers les steppes russes passe par les Caraïbes.

 

La mort dans l’âme et s’estimant définitivement trahi par L’Oréal/PBI, Janez Mercun saisit le tribunal de Commerce de Paris en 1999, lequel estimera ses griefs non fondés et le renverra à ses études de droit. L’appel de la décision honnie du TC ne connaîtra pas un meilleur sort, l’Arrêt du 23 octobre 2002 sonnant – temporairement ?- le glas de ses espérances. Sans conviction, il ira jusqu’en Cass’, là aussi, sans succès.

 

Mais l’homme a la rancune tenace. Le 10 octobre 2005 il prend une décision capitale : déposer, à titre personnel ce qui ne sera pas sans conséquence pour la suite, une plainte « contre X » selon la formule consacrée, avec constitution de partie civile auprès du Doyen des juges d’instruction du TGI de Nanterre, visant évidemment son ancienne partenaire.

 

Pour mettre toutes les chances de son côté, il confie la défense de ses intérêts à Maître Lantourne rendu célèbre pour les batailles épiques que ce dernier a livré depuis des lustres, pour le compte de Bernard Tapie. On ne sait d’ailleurs lequel des deux est devenu le porte-bonheur de l’autre…

 

Toujours est-il que Lantourne se fend d’une dissertation un peu besogneuse et assez confuse, dont il ressort que la reine du cosmétique qui le vaut bien se serait livrée à un abus de confiance complété d’un abus de biens sociaux. Pour ajouter un peu de piquant à sa salade russe assez terne, il y ajoute le blanchiment, très tendance à l’époque, s’agissant de l’ex-Union Soviétique et de ses oligarques milliardaires venus de nulle part, mais dont la démonstration tient le plus souvent de la gageure.

 

Du beau linge sur la table

 

On entendra néanmoins du beau linge : 

 

- Olivier Carrobourg, dit « Olivier la cassette » ex-directeur financier de Parmobel qui ne fera aucune difficulté pour reconnaître sur procès-verbal, l’élaboration, à la demande de la direction générale de PBI, d’un réseau d’approvisionnement du marché « gris » russe, « dans le dos » de la société Temtrade ;

 

Olivier Loustalan, l’homme de L’Oréal sur le territoire commercial des pays de l’Est de 1986 à 1997 qui n’aurait rien vu jusqu’à une mémorable facture de parfum « Magie Noire » (« au vu de cette facture j’ai compris qu’il y avait un trafic organisé dans lequel étaient impliquées PBI et Parmobel… ») et qui, à la question de l’intérêt pour les dirigeants de PBI d’alimenter la Russie en jus-maisons de contrebande, répondra tout en nuance : « On peut soupçonner qu’il y avait un enrichissement personnel des dirigeants de PBI à organiser le marché gris en Russie notamment à travers M. Chalhoub qui aurait pu leur verser des commissions » ; 

 

- Le bras droit de Sir Lindsay Owen Jones, Gilles Weil surnommé « je-ne-crois-pas-que-j’ai-donné-des-instructions-en-ce-sens » par les policiers de la Sous-Direction de la Lutte contre la Criminalité organisée et la Délinquance Financière ayant eu le privilège de recueillir ses confidences parcimonieuses ; 

 

- Guillaume Sanchez dont le boulot consistait précisément à éviter les carabistouilles dénoncées par Mercun et qui sera logiquement invité à prendre la porte marquée ‘fusible’ en 1998 ; 

 

- Jean-Claude Bonnefoi, ex-‘managing director’ de Parmobel dont les comptes bancaires perso’ ont été passés au crible ;  dès fois que…

 

- Gérard Guyot-Jeannin, ex-directeur international de la Division Luxe et donc sorte de frère-siamois de Gilles Weil, qui s’est longtemps entraîné a prononcer avec une distinction sublime devant les policiers la phrase « je n’ai pas souvenir de cette réunion » ainsi que sa variante plus middle class « mais de mémoire  je n’en avais pas souvenir »…qui aurait pu devenir culte.

 

- son adjoint Serge Guisset, de nationalité belge une fois, et qui, avec un singulier sens de l’humour, affirmera sans vergogne : « …Mais je vous précise qu’il ne s’agit pas d’un réseau que nous avons mis en place ou institutionnalisé. J’entends par là que nous n’avons pas mis en place ce système… » ; 

 

last but not least, Sir Lindsay, lui-même,  dont la séduisante suffisance l’a poussé à promettre un peu vite le 21 février 2007, de fournir des documents dont la liste lui avait été communiquée préalablement à sa convocation (« Ces documents sont actuellement en cours de recherche, je pense qu’ils pourront être réunis dans les semaines à venir »). 

 

Une enquête internationale…

sans investigation à l'étranger

 

Des documents qui bien que jamais fournis semble-t-il, n’ont pas empêché le commissaire divisionnaire Mirabel, chef de la Division Nationale des Investigations Financières, de conclure dans un rapport au juge d’instruction du 15 mai 2008 « …qu’aucun élément constitutif des infractions dénoncées n’a pu être relevé… ». Ouvrant toute grande la voie à   l’ordonnance de non lieu rendue le 6 novembre 2008, et à l’amende civile de 3 000 euros qui l’accompagnait afin de dissuader l’ami Janez de continuer à se précipiter à fond la caisse sur le mur du fond d’une impasse. Pour son bien en quelques sortes…

 

 

Les lecteurs de Bakchich ont certainement gardé en mémoire la faute de doigt commise par le secrétariat de l’illustre juriste qui a donc privé son client d’un recours contre l’ordonnance de Madame Bilger en laissant passer le délai (cf. « Avis de tempête pour l’avocat de Tapie » ; 26/09/2011) 

 

S’agissant d’un trafic de parfums à fort relents exotiques, on peut toutefois s’étonner de la quasi absence de toute mesure sérieuse d’investigation internationale : (« les investigations menées, perquisitions aux domiciles des intéressés et étude de leurs principaux comptes bancaires en France, ne permettaient la découverte d’aucun élément matériel susceptible d’étayer cette hypothèse… »). 

 

Les adresses communes 

de l'Oréal et Pinochet

 

Le chapelet de sociétés de facturation basées dans des paradis fiscaux et constituées dans l’unique but de pomper de la marge tax-free, en faisait une simple question de bon sens.

 

L’instruction révèlera tout de même quelques perles : pour conforter la thèse d’une facturation par PBI à Parmobel, de livraisons de produits exclusivement destinés à être vendus sur le territoire moyen-oriental des Chalhoub, on n’hésitera pas par exemple, à agrémenter les factures d’une mention du meilleur goût selon laquelle « we hereby certify that the above mentioned goods contain no israeli material » (nous certifions que les produits mentionnés ci-dessus ne contiennent aucun composant d’origine israélienne)... 

 

Mercun, qui ne décolère pas, reprend du poil de la bête. La vie des grands voyageurs favorise parfois d’heureuses rencontres.

 

L’une des sociétés-écrans du dispositif de contournement de Temtrade, la société Hillbrook Trading SA créée en 1994 aux Iles Vierges Britanniques par exemple, qui a été malencontreusement domiciliée au cabinet d’avocat Aleman, Cordero, Galindo & Lee à Tortola. 

 

La prospère petite entreprise fondée par Jaime Eduardo Aleman en 1985 – les Alleman sont l’une des plus puissantes familles de Panama - est surtout passée à la postérité pour avoir monté et hébergé une flopée de sociétés off-shore contrôlées par Ernesto Pinochet, le fameux démocrate chilien. Mais pas seulement… 

 

Fin de la deuxième partie

 

 

Retrouvez ici la première partie de notre enquête 

 

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