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L’Oréal : A l’Est un parfum de souffre (3/3)

 

Dernier volet de notre enquête sur les troublants liens de l'Oréal en ex URSS, à la poursuite d'un magot qui le vaut bien.

 

 

C’est en y regardant d’un peu plus près dans le montage et l’empilement de sociétés offshore mis en œuvre par le réseau d’approvisionnement parallèle en parfums de L’Oréal/PBI de son territoire commercial que Janez Mercun a repris espoir.

 

Hillbrook Trading SA, bien sûr, mais aussi Callaway Trading Limited et autre Scapa Trading Inc, toutes, par chance pour lui, étaient hébergées par des avocats ou des administrateurs de trusts des Iles Vierges Britanniques…

 

Aussi sommaires qu’elles fussent, les investigations menées à la suite de sa plainte avec constitution de partie civile avaient laissé les enquêteurs perplexes au moins sur un point : la véritable raison du montage de  «l'usine à gaz» l’Oréal. 

 

Le circuit officiel et son double clandestin ne se distinguaient pas radicalement en terme de résultat net. Certes, le chiffre d’affaires de PBI avec Parmobel avait progressé de 41% entre 1996 et 1998 date à laquelle Mercun avait exigé des explications à sa partenaire. Il était néanmoins revenu en 2001 à moins de 97% de ce qu’il était en 96. 

 

De l'intérêt d'organiser un marché gris en Russie

 

 

L’actionnaire n’aurait donc eu aucun intérêt à fermer les yeux, a supposé qu’il en eut été informé. Le risque de réputation et d’image en revanche était immense. L’association – ne fussent que de manière très indirecte et « involontaire » - de L’Oréal et d’un boss de la pègre ukrainienne devenu un empereur mondial du crime organisé aurait été de nature à causer des dommages médiatiques irréparables…

 

C’est donc peu dire que les enquêteurs avaient été intrigués par l’hypothèse  d’Olivier Loustalan lors de son audition du 13 décembre 2006 selon laquelle « …on peut soupçonner qu’il y avait un enrichissement personnel des dirigeants de PBI à organiser le marché gris en Russie… » 

 

Un avis qu’ils n’avaient pas manqué de rapprocher des réponses par la négative du Sieur Owen Jones du 21 février 2007, aux deux questions qui pouvaient en être le corollaire logique : savoir si les dirigeants de PBI devaient normalement rendre compte de leur gestion au conseil d’administration de L’Oréal ; déterminer si ledit conseil et lui-même étaient informés qu’une part significative du chiffre d’affaires de Parmobel provenait des ventes à destination de la Russie.

 

Eclaircie aux Iles Vierges

 

 

Et l’horizon avait fini par s’éclaircir du côté des Iles Vierges Britanniques. 

 

Les utilisateurs occasionnels ou novices de ce paradis fiscal en méconnaissent en effet deux donnée essentielle : d’abord que le business de la domiciliation de sociétés et de trusts, le montage de structures juridique sophistiquées destinées à prodiguer à leurs bénéficiaires, anonymat et quiétude fiscale, est aux mains d’un réseau finalement très resserré dans lequel les avocats panaméens mènent la danse. 

 

 

La seconde est que le maillon faible du dispositif se nomme « R 101 » ; il s’agit de l’imprimé officiel, aujourd’hui numérisé, utilisé par les opérateurs agréés pour saisir l’ensemble des informations nécessaires à la création et l’immatriculation d’une société locale.

 

Même le tout puissant Pinochet a fini par l’apprendre à ses dépens. Tout comme Hillbrook Trading SA, ses petits secrets de famille précieusement conservés par les Eastview Finance SA, Abanda Finance Ltd, Belview International Inc, GLP Limited et autres Tasker Investments Ltd étaient dorlotées par Alema, Cordero, Galindo & Lee. Jusqu’à ce que les copies de leurs R 101, tombent dans de mauvaises mains et que la justice chilienne les saisissent.

 

R101, le fil à la patte 

des entreprises caribéennes

 

 

A Tortola, les sociétés naissent et meurent. Souvent très vite. Les R 101 numérisés eux, restent. Longtemps. Et ils comportent une information capitale qui n’est évidemment pas publique, à savoir, l’identité des « beneficial owners » de l’affaire ; ses actionnaires véritables quand bien même ils feraient usage de « nominees » aimablement fournis moyennant « loyer annuel » par ceux qui les hébergent. Empiler les offshore peut compliquer l’exercice à conditions de ne pas les « loger » dans le même réseau. Une erreur que les concepteurs du circuit exotique d’alimentation du marché gris des parfums L’Oréal paraissent avoir commise, au moins partiellement. 

 

 

 Dans le cas de Hillbrook Trading, ses administrateurs, José Abrego, Luz Chavez, Francisco Martinelli Bermudez et Damilo Toro, pas plus que ses « souscripteurs », Carlos Raul Moreno et Maria Teresa Diaz, ne trompent plus personne aujourd’hui. Ou presque…

 

Callaway Trading Limited, destinataire des factures de la précédente, gonflées comme il se doit en 1998, pouvait pratiquement passer les prendre chaque matin à l’ouverture des bureaux distants d’une centaine de mètres. Les marchandises facturées empruntaient elles, bien sûr un autre circuit, les sociétés offshore des BVI n’étant, par principe, pas autorisées à faire du négoce à l’intérieur du pays.

 

Les fondateurs de l’affaire avaient opté pour une domiciliation au sein du groupe néerlandais Intertrust aujourd’hui membre du groupe Fortis, installé à Tortola sur Waterfront Drive, l’artère qui traverse Road Town, capitale de l’île de Tortola, avant de rejoindre le littoral à Romasco Place. Le monde est décidément petit, ce que l’on apprend tôt ou tard lorsqu’on trafique à Tortola. Eric Magrini, ancien avoué du barreau de Luxembourg et administrateur délégué de Fortis Intertrust Luxembourg depuis le 1/10/2008, est diplômé de l’université Aix Marseille III…

 

Les parfums ne sont pas éternels

 

Quant à Scapa Trading Inc fondée par les parfumeurs de l’ombre en 1997, elle ne dérogeait pas à la règle, ayant élu domicile chez Morgan & Morgan. Un cabinet très convenable, dirigé d’une poigne de fer par Juan David Morgan, avocat panaméen et auteur prolixe à ses heures, assisté de Eduardo Morgan Junior qui a cultivé les relations de la famille avec l’Oncle Sam en occupant le poste d’ambassadeur de Panama aux USA de 1996 à 1998, autrement dit, au moment où Scapa s’adonnait à fond au négoce de parfums L’Oréal/PBI en direction du nouvel eldorado russe…

 

Lentement mais sûrement, Mercun découvre l’ampleur de la trahison dont il a été victime de la part de L’Oréal/PBI avec laquelle il avait noué des relations de confiance qu’il a eu la naïveté de croire éternelles. 

 

Infatigable, il corrige en souriant ceux qui l’ont soutenu jusqu’à présent et évoquent la fable du lièvre et de la tortue : Tortola signifie tourterelle en panaméen et non pas pas tortue ; « Tortola’s Memories » ; ça sonnerait pas mal pour une marque de parfum non ?

 

 

La première partie de l'enquête est consultable ici

 

La Deuxième partie de l'enquête visible là

 

 

 

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