Vous êtes ici

Le parquet solde une partie du dossier Wagram

Le réquisitoire du vice-procureur préconise le renvoi des héritiers de la Brise de Mer en correctionnelle pour extorsion. Et demande à ce que l'enquête continue sur le rôle du député- maire de Sarcelles, François Pupponi.

 

Les randonneurs le savent. Pour ne pas s'égarer dans le superbe maquis de l'île de Beauté, mieux vaut une bonne carte, une boussole et avancer avec précaution. Une méthode adoptée par la vice procureur de Paris, Vanessa Bronstein au moment de signer le réquistoire définitif d'un volet du Cercle Wagram, le 29 juin dernier.

 

Depuis fin 2010, cet aimable établissement de jeux parisien se trouve au coeur de plusieurs enquêtes judiciaires où les magistrats ont croisé star du show biz, personnalités politiques, grands truands et anciens flics. Un fatras de relations que la vice-procureure réussit avec simplicité à démêler selon le document que Bakchich a pu consulter...après avoir longuement narré les rebondissement de l'enquête et de la vie du Cercle.

 

L'héritage de la Brise de Mer

 

Soupçonné d'être contrôle par le grand banditisme corse, et plus précisément le gang bastiais de la Brise de mer, le Wagram a surtout été au centre d'un héritage. Celui de Richard Casanova, dit Le Menteur, charismatique ponte du gang assassiné en 2008.

 

 A sa mort, le contrôle de l'établissement, autrefois cogéré avec ses camarades Francis et Angelo Guazzelli, Francis Mariani, est peu à peu passé sous le contrôle de ses survivants.   Les deux Francis tombant dans la guerre qui ensanglante le milieu corse depuis 2006, ne reste qu'Angelo pour gérer le business.

 

 Apparemment, la situation n'a pas eu l'heur de plaire à des proches de Casanova, au premier rangs desquels ses supposés portes-flingues, son beau-frère Jean-Luc Germani, Frédéric Fédéricci ou encore Antoine Quilicchini.

 

 Le 19 janvier 2011, la joyeuse troupe vient revendiquer avec vigueur le contrôle des lieux au Cercle même. Message entendu en direct par Jean-François Rossi, trésorier de l'association gérant le Cercle, qui se charge de transmettre l'invitation à Jean Testaniere, «mage» du show business, et secrétaire de l'association.

 

 

Coup de force en direct

 

 

 Un changement de direction et d'une partie du personnel intervient alors, plaçant aux manettes Philippe Terrazzoni, un ancien de la maison et redonnant les pleins pouvoir à la directrice financière François Tomey.

 

Une chance, les Renseignement généraux de la préfecture de police de Paris photographient en direct les allées et venues dans le Cercle, quand les flics des Courses et Jeux interceptent les écoutes. Le coup de force se suit avec l'image et le son par les services de police...qui décident de lancer leurs filets le 8 juin 2011 et de fermer le Cercle. 

 

 

C'est le dossier dit Wagram II précise la magistrate, qui recommande le renvoi en correctionnel des auteurs du putsch pour «avoir participé à un groupement forme ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de l'infraction d'extorsion». Au moins le grief de blanchiment a-t-il été abandonné.

 

Au rang des accusés, plusieurs profils se distinguent. Frédéric Fédéricci, Stéphane Luciani et Jean-Luc Germani «Une équipe montante de malfrats défendant de façon violente le patrimoine et les investissements occultes de leur mentor feu Casanova », selon les enquêteurs dans un rapport du 17 février 2011- ont pris la tangente. 

 

Déjà mis en examen dans une procédure pour assassinat, les trois amis n'ont pas attendu l'arrivé des policiers pour battre campagne. Antoine Quilicchini, François Marie Giacobetti, Hervé Pacini et Philippe Terrazzoni ont été mis au frais depuis les opérations de juin 2011. Quant à Françoise Tomey et à l'acteur de Mafiosa Frédéric Graziani, ils jouissent d'une liberté toute relative, bordurée par un contrôle judiciaire.

 

Une procédure spécifique 

pour Pupponi

 

Las. Dans les disputes d'héritages, se trouvent toujours des victimes collatérales. Ainsi du député-maire de Sarcelles François Pupponi. Client occasionnel du Cercle, un temps employeur de la SISIS, société de sécurité corse contrôlée de fait par le grand banditisme, ami de Philippe Terrazoni, le vestige de la Strauss-Khanie a eu la désagréable surprise d'être accusé par un de ses employés Sarcellois de l'avoir menacé au nom du grand banditisme, en l'occurence les repreneurs du Wagram. La belle-fille dudit employé fait partie des «virés du Cercle». Témoin assisté dans le dossier, position médiane entre mise en examen et témoin, Pupponi a toujours nié être mêlé à ce dossier, invoquant une cabale politico-franc-maçonne pour l'abattre.

 

 Pour clarifier la situation, la vice-procureure propose aimbalement de «disjoindre la procédure et poursuivre les investigations concernant François Pupponi».

 

200 000 euros détournés chaque mois

 

 Le réquisitoire ne marque pas la fin des procédures du Wagram. Comme le précise studieusement la magistrate, le dossier Wagram II a été abondamment nourri par le dossier Wagram I. Soit l'enquête du Service central des Courses et jeux portant sur la gestion même du Cercle par les dirigeants dégagés le 19 janvier 2011...et mis au frais depuis mars 2012 pour extorsion de fonds, blanchiment, fausse déclarations aux Urssaf…

 

Haut lieu du poker parisien avec ses 20 tables, le Wagram a permis de sortir de joli montants en liquides. L'un des mis en examen estime à «200 000 euros le montant total des sommes détounées ainsi chaque mois». Toujours selon le réquisitoire, le Cercle a aussi permis de laver et de faire circuler de l'argent à l'origine inconnue. Des «banquiers», non imposables selon les services fiscaux, ont réussi à dégoter des dizaines de milliers d'euros pour s'installer au Cercle.

 

 

Pour sortir du maquis des jeux, nul doute qu'une 2e carte sera nécessaire. 

 

 

 

 

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !