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PREVISIONS (OU PAS ?)

 

Le grand feuilleton de la crise, c’est une succession de chiffres qui « tombent » : le mot est juste, les économistes ne sont jamais tombés plus bas dans la nullité…

 

 

Cette fois, c’est la croissance qui a connu « un rebond inattendu » au second trimestre. Inattendu pour qui ? Pour tous ceux qui nous disaient d’attendre une récession. Et qui, dès le « rebond » connu, se sont hâtés, à la sollicitation des différentes rédactions télévisuelles, d’expliquer le pourquoi du comment de la chose, alors même que, la veille encore, ils auraient avec autant d’aisance expliqué pourquoi on perdait 1% de PIB…

 

Lire: Croissance 2012, le bal des bonimenteurs

 

 

Sciences éco, poil au pipeau !

 

Gardons-nous de l’oublier : les économistes n’avaient pas prévu la crise des subprimes, ils n’ont pas été foutus d’en mesurer d’avance les conséquences bancaires et financières, ils voyaient majoritairement venir, en conséquence, une reprise de l’inflation, alors que oualou, et prédisaient un remaniement énorme, mais inévitable, des structures bancaires, alors que tintin. Rappelons pour le plaisir de la chose qu’au début de 2008, quelques jours avant le grand badaboum, il se trouvait des ex-prix Nobel (de pacotille, le Nobel d’économie est une imposture financée par une banque) pour assurer que la santé de l’économie mondiale était rutilante : les lendemains qui chantent accordaient leurs violons, la fanfare de la prospérité allait nous faire « La danse des canards » en stéréo et son Dolby pendant encore une décennie au moins. 

 

Du reste, les chefs d’Etat (et Sarko le premier) roucoulaient sur cette mélodie du bonheur dans leurs vœux de fin 2007, on allait voir ce qu’on allait voir, travailler plus pour gagner plus, et liquider le chômage en deux ans. Et donc, on faisait sauter les verrous fiscaux pour les cadors, enrichissez-vous, qu’ils disaient, surtout si vous êtes déjà riches, la dette, ça n’a pas d’importance quand l’économie turbine, y a que Bayrou et quelques autres éleveurs d’ânes  pour cauchemarder sur ce truc. Six mois plus tard, après nous avoir, avec un culot inouï, démontré que tout ce qui se passait n’était rien d’autre que ce qu’il fallait redouter, ils sonnaient le grand tocsin de l’endettement et pressaient les contribuables de renflouer leurs banques épuisées par les trucs pourris et les machins véreux dont ils vantaient le « dynamisme » et la « plasticité » dans des bouquins à succès et aux émissions pour intellos, le soir, après les séries américaines peuplées de médecins légistes nymphomanes. Pensez à Minc, aux Cohen (ils sont un syndicat), à toutes ces vedettes de l’ economic show permanent…

 

 

Le tango de l’austérité, poil au bidet

 

Et au troisième temps de la valse, il paraît que l’austérité, faut pas. Ah mais, pendant cinq ans, ces buses d’ »experts » ont clamé qu’il fallait serrer la vis, réduire à tout prix les déficits (fût-ce en rationnant la pâtée du chat et les soins aux vieux cancéreux, façon Cameron), couper les crédits sociaux, brûler les fonctionnaires ruineux, bref, remettre dans la maison cette fameuse « gestion de père de famille » dont on vous explique, à Sciences-Po, que c’est une comparaison débile… Non sans raison, du reste, puisque si les pères de famille n’avaient qu’une dette de 3% du revenu du foyer pour faire tourner la famille, l’immobilier marcherait encore plus mal que maintenant, et ils changeraient de bagnole tous les trente et un ans. Et l’on voit le même Président qui songeait à autoriser les crédits sur 40 ou 50 ans, en vantant l’Espagne, « pays de propriétaires », se raviser et balancer un choc fiscal carabiné, en attendant que le Président suivant passe la deuxième couche. Parce que tout le monde réclame qu’on fasse rentrer du pognon, l’Europe, le FMI, le Conseil constitutionnel, Bayrou, mon beau-frère, ils sont tous d’accord, on signe même un pacte officiel pour ça, c’est 3%, sinon t’es mort.

 

 

Mais depuis, et tout d’un coup, après avoir vu les Grecs s’enliser dans le yaourt, Chypre se faire parfumer pour pas faire payer aux simples pékins les pertes bancaires de la maffia russe, et même Berlusconi se faire torcher comme un malpropre avant qu’un prof d’économie lugubre se prenne à son tour la branlée chez Panzani, donc, après avoir vu ce désastre, changement de bord : les experts préconisent de desserrer les vis. Lagarde, qui ne se rend pas, mais ne meurt pas de rire non plus, prend l’exact contre-pied de ses exigences de l’an passé, et l’Europe fait du rabais dans le pourcentif des déficits, allez, 3,7, ça nous ira, et pour la suite, y a pas le feu, prenez votre temps, du coup, le pacte machin, on s’en brosse la quenouille, on retourne s’occuper de choses sérieuses comme l’obligation de ne pas rejeter à la mer le poisson imbouffable pêché par les chalutiers (je ne ris pas, une directive veut qu’il soit ramené au port pour faire de la farine animale…).

 

 

La grande illusion, poil au pompon

 

Eh bien, maintenant, on se trouve dans un autre cas de figure : un mec normal balançait, le 14 juillet, que la croissance repartait, et il s’est pris dans la gueule une volée de ricanements. L’as de la méthode Coué, qu’ils disaient tous en chœur, les éconos de service, bon, alors on n’y croyait pas, normal, non ? Faudrait leur demander de reprendre leurs papiers, interviews etc et de payer des rectifs dans les canards, ça donnerait de l’oxygène à la presse écrite et internetale. Tu parles ! Huit jours avant le +0,5% de l’INSEE, la Banque de France annonçait –0,1% : putain, ils sont forts, à la Banque de France, c’est pas prudent de leur laisser imprimer les biftons, ils seraient pas foutus d’organiser une tombola de kermesse, avec tous leurs techniciens de la mesure des sous qui circulent et tout ça et leur boss qui est le Grand Oracle dont les politiques doivent lécher la vulve pour quémander son approbation quand ils lancent une chtite taxe ou trois décimales de plus de TVA.

 

Soyons sérieux : tous ces gens-là ne sont capables que d’une chose, c’est commenter le jeudi l’erreur qu’ils ont commise le mercredi. Tout simplement parce que l’économie non seulement n’est pas une science exacte, mais encore pas une science du tout, car elle n’utilise aucun instrument d’analyse expérimentale reproductible, et n’énonce, dans ces conditions que des interprétations de données sans aucune valeur prédictive. Une science, ça te dit que quand tu accouples deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène, tu as de l’eau. Et ça marche toujours. Les « lois » économique, au contraire, désignent seulement des rapports donnés à un moment donné dans une situation donnée. Même son fondement (ce qui fait le prix, c’est la rareté) est loin d’être une vérité générale : les amanites phalloïdes sont plus rares que les cèpes, mais on se bat pas pour en acheter, et au contraire, chez Sotheby’s ou autre, on colle des sommes inouïes sur des croûtes à la mode dont la valeur intrinsèque est la toile et le cadre. L’offre et la demande ? elles ont leurs paramètres historiques, point barre. Méditez sur le prix du saumon et du foie gras (de moins en moins chers, de plus en plus consommés et de plus en plus médiocres). L’offre et la demande, ça se fabrique et ça se modèle comme les chamallows, en moins sucré, et les « lois du marché » sont aussi peu naturelles que les fleurs de céramique qui ont poussé sur la tombe de ma cousine Irma. Allez, soyons gentils : disons que les économistes sont capables de démonter une pendule et de décrire toutes ses pièces, mais incapables de dire l’heure.

 

Et puis il faudrait sans doute s’interroger sur la manière dont sont collectées, puis traitées toutes ces « données » qui font le baromètre de l’économie. Les statistiques, c’est sérieux, c’est des maths, on en connaît les limites et on sait comment on triche; mais le calcul du PIB à un moment t, ça me laisse rêveur. Néanmoins, il est toujours possible de crédibiliser la tendance en additionnant les « signaux » positifs ou négatifs, mais soyons prudents : si le mauvais temps a stimulé la consommation énergétique au printemps, je n’ai pas entendu dire que cet hiver pourri a limité la récession trois mois plus tôt pour la même raison. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ce qu’attend le mec soucieux d’information, c’est un discours cohérent, où l’on ne change pas de baromètre tous les trois mois

 

Hélas, de ce côté là, pas d’embellie en vue…