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Le dico de la dope

Toute corporation a son langage, le cyclisme obéit à la règle. Souvent la langue est là, non pour être pendue, mais pour dissimuler un secret. Afin de permettre à ceux qui pratiquent le langage des signes, notamment pendant le Tour de France, de comprendre le parler métaphorique de la dope, nous passons en revue les termes branchés évoquant les « raccourcis chimiques » cérébraux, cardiorespiratoires, musculaires. Autrement dit les petits noms de famille donnés par le peloton aux produits dopants. Au passage ce jargon, par sa seule existence et son importance, constitue la preuve que les géants de la route ne marchent pas tous à l’eau claire. Dans le vélo l’homme est parfois traité comme une machine, on n’invente pas fortuitement des expressions telles que « billes de 4 », marcher aux « boulons de 18 » pour faire avancer des « chargeurs réunis ».

Petit lexique tout en image des rois de la pédale :

- American Coffee (USA) : Mixture énergisante très répandue au début du XXe siècle dans les courses de six jours aux États-Unis. Cette boisson associait de la caféine, de l’éther, de la cocaïne et de la nitroglycérine.

- Antiradar : Produit masquant, dans l’urine, la présence d’une substance dopante

- Armoire aux poisons :La pharmacie dopante

- Assurer le coup:Se doper juste ce qu’il faut pour tenir

- Autoroutes (avoir des) : Veines larges facilitant les intraveineuses

- Avoine de pharmacie (marcher à l’…) : Se doper

- Baba (le) : Produit dopant [Raphaël Geminiani]

- Badoit (ne pas tourner à la) : Être chargé (2004)

- Bidon-parachute : Suppositoires de caféine ou d’amphétamines emballés dans du papier d’aluminium (pour ne pas qu’ils fondent) et collés autour des bidons à l’aide d’un sparadrap. La petite bouteille cycliste ainsi préparée était glissée dans la musette « parachutée » au coureur à quatre-vingt kilomètres de l’arrivée. [Willy Voet]

- Biller (se)  : Se doper

- Billes de quatre : Pilules de strychnine ayant le même volume (4 mm de diamètre) que les petites billes de la cuvette de direction d’un vélo.
Autre version : L’expression désignait, dans les années 1950, la petite pastille (de strychnine généralement) qui avait le même format que les billes de métal dites « au pas de quatre » introduites dans le roulement du pédalier…

- Billes de sprint : Trinitrine (stimulant cardiaque)

- Biodynamisant : Toute une série de termes ambigus sont utilisés par les sportifs pour affirmer qu’ils soignent un état de faiblesse alors qu’en réalité ils « chargent la chaudière ». Parmi ces termes, citons : biodynamisant, fortifiant, reconstituant, remontant, revigorant, revitalisant, tonique, etc.

- Boîte à lait Topette - «  De temps à autre, l’un des entraîneurs se retourne sur la triplette et passe rapidement une petite boîte à lait au coureur, qui la vide d’un trait, sans ralentir et la jette au loin. Quel est ce mystérieux breuvage ? Chacun le choisit selon ses prédilections : champagne, bouillon, lait. Tous semblent y puiser de nouvelles forces et cette absorption à toute vitesse est généralement suivie d’un avantage sur le concurrent. » [1]

- Boîte à pharmacie : Par analogie avec « boîte à lait » mais là il n’y a pas de doute sur le contenu. «  Se confier à la boîte à pharmacie » dixit Raphaël Geminiani [2]

- Bomba (La)  : Une substance dopante (en italien)

- Boulons de 18 (marcher aux) : Se doper. Dans les années 50, ces boulons de calibre 18 se trouvaient sur les moteurs de 4 chevaux, une voiture beaucoup plus rapide qu’un homme à vélo. Paradoxalement, aujourd’hui, « rouler comme une 4 chevaux » signifie se traîner

- Bourrer le canon : Se doper au maximum [3]

-  Boyau fin:un « pot » de bonne qualité [4]

- Brouillard chimique :Produit masquant dans l’urine la présence d’une substance dopante

- Brutal Vin rouge. Nom donné au vin rouge par Léon Georget, spécialiste du Bol d’Or cycliste qu’il a remporté à neuf reprises entre 1903 et 1919 : « Je marche au brutal »

- Cap : Captagon® (apparenté amphétamine)

- Carburant d’autobus:Actovegin® (sang de veau déprotéiné) (2004)

- Centra : Centramine® (pémoline : apparenté amphétamine)

- Chaperon rouge (petit) : Déca-Durabolin® 100 de la société Organon-Hollande (stéroïde anabolisant injectable). Il est présenté sous forme d’un flacon perforable fermé par un bouchon rouge

- Charger : Prendre un dopant, c’est « se charger ». On dit aussi « charger la mule »

- Chargeurs réunis : Soigneurs, notamment cyclistes

- Chaudière (allumer la) : Prendre un excitant, un produit dopant avant une compétition.

- Chaudière (faire exploser la) : Utiliser des produits dopants et en augmenter la dose, au fur et à mesure que les effets diminuent et ce jusqu’à ce que le corps ne puisse plus les supporter. Le coureur utilisateur est souvent perdu pour la compétition et risque des séquelles dans sa vie post-sportive

- Clenbu:Clenbutérol (stimulant et anabolisant non hormonal)

- Cliniciens des vélodromes : Soigneurs

- Coca Cola (prend un coca) : Anabolisant (code mis en évidence dans l’ affaire Sainz-Lavelot 1999)

- Coca des Incas : Potion à base de cocaïne consommée « pour avoir un démarrage foudroyant » (1892)

- Coco : Cocaïne (drogue stimulante)

- Cornues pédalantes : Cyclistes dopés [5]

- Cory : Corydrane® (amphétamine + aspirine)

- Côte (monter une côte) : Injection d’ÉPO (code mis en évidence dans l’affaire Sainz-Lavelot 1999)

- Critérium de la Murge : Soirée en boîte de nuit préparée au Pot Belge

- Cuca cup : Mixture chocolatée à base de cocaïne (1895) utilisée par Choppy Warburton, le célèbre soigneur des cyclistes de la fin du XIXe siècle
Doping to lose Méthode consistant à administrer au concurrent des substances diminuant ses capacités

- Double face  : Technique de substitution d’urine. Le soigneur, dans la caravane ou le local du contrôle antidopage, colle en douce à l’abri du regard des officiels, dans le dos de son coureur, un flacon d’urine vierge muni d’un sparadrap double face. Ainsi, avec la petite bouteille collée dans le dos, le tricheur entre à reculons dans les toilettes et procède à la manipulation [6]

- Dynamite : Substance explosive employée sous forme de petits comprimés de composition secrète et variée qui sert à revivifier pour un temps très court le moteur défaillant de l’athlète. Avec un peu de dynamite, un coureur est « chargé ». [Définition proposée en 1936 par l’hebdomadaire sportif Match l’Intran] Expression déjà utilisée par Jean Alavoine [7]

- Eau blanche : Bicarbonate de soude à l’eau présenté comme un élixir par Antonin Magne (1965)

- Eau claire (à l’) : N’avoir usé d’aucun expédient ou produit dopant.

- Avoir fait son jeu, son épreuve ou sa course uniquement sur sa valeur athlétique et sa condition physique

- Elixir de vitesse : Trinitrine (cf Billes de sprint)

- Engrais musculaires : Anabolisants et apparentés (stéroïdes anabolisants)

- Enveloppes (les) : Poches de sang (2005)

- Feux (pousser les) : Augmenter la charge

- FiolouPot belge [8]

- Fléchette (se faire une) : Se faire une piqûre intramusculaire ou intraveineuse, en injectant un liquide. Est souvent synonyme de « se doper ». « A voir comme il marche, il a dû se faire une fléchette ». « Il a joué aux fléchettes »

- Font de jante : Traitement de fond type mise en place auquel, dans un deuxième temps, on y associe d’autres substances [9]

- Friandise du « Dr MS » gourou du survoltage artificiel , Cocktail dopant associant cortisone, ACTH et hormone mâle

- Frin-Frin : Fringanor® (coupe faim, apparenté amphétamine) utilisé comme stimulant (années 1980)

- Gazoline idéale : Produit dopant

-  Grand assassin Champagne (1887). « « Le grand assassin » qui fait que le coureur se sent bientôt complètement fini et abandonne, en disant qu’il poussait aussi dur que s’il s’agissait de traîner une brouette dans une prairie humide. » [10]

- Harding’s Lightning Exhilarator (USA) Le foudroyant stimulant de Harding (1882) : boisson contenant de la belladone et de la strychnine

- Herbe qui fait courir : La cashpa china-yugo (Équateur)

- Huile (« changer l’huile ») : Transfusion sanguine (2005)

- Ignacio : Un facteur de croissance : IGF1 (opération Puerto 2006)

- Kéké : Kenacort retard 80 (triamcinolone, un glucocorticoïde de synthèse)

-  Lichette (se faire une) : Se faire un « petit » supplément de produits dopants

- Lili : Lidépran® (pipéridine : apparenté amphétamine)

- Lubrifiant : Un bon lubrifiant désigne un dopant efficace

- Marmite (faire sauter la) : Expression synonyme de « faire exploser la chaudière ». Utiliser des produits dopants au-delà des limites auxquelles l’organisme peut résister

- Max:Maxiton® (amphétamine)

- Mémé : Mératran® (pipéridine : apparenté amphétamine)

- MIB (men in black):Cyclistes qui, à l’entraînement, portent des tenues anonymes (noires) afin de pédaler incognito pour égarer les inspecteurs antidopage (2007)

- Million (un) : Une dose injectable d’un millilitre (Erwann Menthéour, 1999)

- Mise en place : Un protocole de dopage destiné à une course que l’on a spécialement préparée dans le but de jouer les premiers rôles (Erwann Menthéour, 1999)

- Mule (charger la …, être chargé comme une …) : Prendre des produits dopants en quantité anormalement importante. Cette pratique expose le coureur, en cas de contrôle médical, à une forte amende, ce qui n’exclut pas l’interdiction de courir pendant un certain laps de temps. C’est souvent un coureur ayant une condition physique précaire qui utilise ces subterfuges, qui lui permettront, croit-il, de rester dans le coup.
Autre version : Se dit d’un individu qu’on soupçonne de par son comportement bizarre, sa nervosité, son air hagard, d’avoir pris un doping puissant.

- Négros : Cachets d’amphétamine de couleur noire commercialisés sous le nom de Biphétamine® (spécialité belge) (Philippe Gaumont)

- Nino : Hormone de croissance (opération Puerto 2006)

- Œufs de Pâques : Testostérone orale dite undécanoate (Pantestone®) conditionnée sous forme de capsule brun-rougeâtre

- P (substance) : Nom de code du clenbutérol (Willy Voet)

- Paloma Blanca : La Blanche Colombe, une infirmière extérieure à l’équipe Kelme qui convoyait les produits dopants pendant le Tour de France. Elle touchait 27 000 euros (3 000 par coureur) pour transporter : ÉPO, testostérone, oxyglobin (hémoglobine animale modifiée)) etc. [Jesus Manzano, L’Équipe, 05/06/2007]

- PCH : Testostérone (patch) (opération Puerto, 2006)

-  Pep Pills : Excitant, stimulant (amphétamine)

- Pépère : Pervitin® (méthylamphétamine) (Maurice Moucheraud, 1961)

- Pesetas (nom de code) : L’ÉPO (Jesus Manzano, 2004)

- Petit-déjeuner des champions : Anabolisants

- Petit-lait : Liquide laiteux des ampoules de glucocorticoïdes de synthèse de Diprostène®, Kenacort®, Altim®, … (Philippe Gaumont, 2005)

- Phares (allumer les) : S’emploie pour un coureur cycliste qui a sûrement fait appel à des subterfuges. Son regard, au moment du départ, ne trompe pas, ce qui fait dire au suiveur averti qu’il a dû allumer les phares.

- Pharmacien : Soigneur (Tour de France 1911)

- Pick me up : Caféine, théine et apparentés

- Pilule : Médicament en forme de petite boule et de composition variée. Généralement pilule est pris pour synonyme de doping. Il en est aussi d’inoffensives et on pourrait les appeler des pilules morales (Définition proposée en 1936 par l’hebdomadaire sportif Match L’Intran)

- Pisser violet : Être chargé (2004)

- Pissette (la) : Le contrôle antidopage

- Pot belge (ex pot du fou) : La bombe atomique du dopage (mélange d’une dizaine de produits : amphétamines, caféine, cocaïne, héroïne, antalgiques, parfois coupés avec des vasodilatateurs, des corticoïdes)

- Préparé (être) : Être dopé

- Puant : Centramine® (pémoline : apparentée amphétamine)

- Riri : Ritaline® (apparenté amphétamine)

- Roid rage : Expression anglo-saxonne (steroid rage) : la rage des stéroïdes (agressivité et violence exacerbées par les stéroïdes anabolisants)
Rouleau (le) (nom de code) Genotonorm®, hormone de croissance (Jesus Manzano, 2004)

- Roue à dix rayons : Langage codé pour indiquer le dosage du produit : 10 000 unités d’ÉPO par exemple

- Sérum de singe : Hormone de croissance extractive recueillie à partir d’hypophyses de cadavre (hGH)

- Soigneur : Définition tirée du « Petit lexique à l’usage des sportifs » paru dans l’hebdomadaire Match l’Intran du 14.07.1936 : « Infirmier, valet de chambre de l’athlète. Accomplit les petites besognes utiles (NDLA : préparation des topettes) dont il tire un maigre profit mais une grande gloire quand l’athlète est vainqueur. Se fait remarquer par son désir constant d’être fixé en photographie. » Cette corporation a longtemps été le principal vecteur des élixirs de performance.

- Soupe (saler la) : Synonyme de « charger la mule » ou « faire exploser la chaudière ». User d’expédients pour tenter d’être au niveau des meilleurs ou de les dépasser.

- Tarte (« préparer la tarte ») : Transfusion sanguine (2005)

- Tintin : Pervitin® (amphétamine)

- Tonton : Tonédron® (amphétamine)

- Topette (contenant et contenu) : Petit bidon plat en aluminium contenant la plupart du temps un stimulant (charge, bombe, dynamite). Venu du langage picard avec la même racine que toupie, la topette désignait une petite bouteille longue et étroite ainsi que, par extension, son contenu. De nos jours, la topette a encore cours dans le jargon cycliste. Elle a pris la forme d’un flacon plat qui se glisse facilement dans la poche dorsale d’un maillot cycliste. On en trouve en vente dans certaines boutiques de cycles.

- Torcinite : Pilule proposée par le célèbre soigneur cycliste belge Joseph Torcin

- Valise magique (avoir une) : La valise-pharmacie du parfait dopé (2004)

- Vampires (les) : Médecins-contrôleurs de l’UCI qui pratiquent, entre 7 et 8 heures du matin, les prises de sang sur les coureurs afin de déterminer le taux d’hématocrite qui, s’il est supérieur à 50, fait suspecter la prise d’ÉPO

- Venin (le) : Liquide au goût âcre consommé quelques kilomètres avant l’arrivée et qui a pour but de masquer la prise de dopants

- Vingt heures quinze (rendez-vous à) : Commande de quinze pots ; à « vingt heure vingt » pour vingt pots

- Vino : Sang manipulé (opération Puerto 2006)

- Virenque (aller dîner chez) : Être bien dopé (2004)

- Vitamine E : Erythropoïétine (nom de code chez Deutsche Telekom)

- Vitamine G : Hormone de croissance (nom de code chez Deutsche Telekom)

- Warned off all tracks : Interdit sur tous les vélodromes
Yeux en boule de loto Yeux fixes et exorbités sous l’influence d’excitants (L’Auto 1924)

- Yeux dans les coins (pâtes de fruits avec des) : Comprimé d’amphétamine introduit dans la pâte de fruits à la manière d’une fève dans la galette des rois

- Yeux de langouste : Expression imagée du cycliste Lucien Teisseire désignant ainsi les dopés dont « les yeux leur sortaient de la tête » (Le Miroir des Sports 04/11/1965, p 17)

- Zonzons : Ecoutes téléphoniques de la brigade des stups dans les enquêtes de dopage (1999)