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L'intouchable Raymond Domenech

Mauvais présage. La France du football n’a jamais gagné un tournoi majeur (Championnat d’Europe ou Coupe du Monde) sans un sélectionneur, sinon martyrisé, du moins titillé méchamment par les médias. En la matière la palme du crucifié revient bien évidemment à Aime Jacquet, sélectionneur vainqueur de la Coupe du Monde 1998. Pour mémoire, le directeur de la rédaction de l’Equipe, Jérôme (désormais directeur de l’information chez M6, cf.encadré) avait même promis de remettre sa démission si les Bleus venait à l’emporter… Avec le résultat que l’on sait. Une statue de commandeur pour « Mémé », un jetage aux orties en règle de Bureau.

Mauvais présage donc pour les Bleus, nul média ne conteste vraiment le sélectionneur en place depuis 2004, Raymond Domenech. L’Equipe, encore échaudé par le souvenir cuisant de 1998, et dont les ventes dépendent bien trop d’un joli parcours de la France à l’Euro, a refusé le rôle.

Ce n’est pas la jolie biographie Domenech de Joël Domenighetti (éditions du moment), journaliste rare mais émérite du quotidien du sport et de l’automobile, qui chatouillera le sélectionneur.

Surtout pas une hagiographie, encore moins un brûlot. Un récit somme toute assez plat du parcours et des détours de la carrière de Raymond Domenech, dans la lignée éditoriale de son employeur à l’année.

Heureusement, dans les plaines, mêmes les plus mornes, le moindre relief prend des airs d’Himalaya. Ainsi, l’opus gravit-il quelques Everest, sans prendre trop de risques avec l’ego de « Raymond ».

Ironie feinte ou non, le chapitre central du livre s’intitule « l’intouchable »…

Un soutien nommé Landreau

Pas les moins intéressantes ni les moins drôles des 177 pages. Les méthodes de sélection du sieur Raymond et particulièrement son choix des 23 joueurs pour la coupe du monde 2006 se voit éclairé d’un jour nouveau. « À certains, quatre ou cinq, je l’ai dit franchement : ils ne joueront jamais, ce sont les conditions. Pour les quatre ou cinq autres, je laissais le doute, car je ne suis pas certains qu’ils auraient été dans le même état d’esprit. Je les maintenais avec les cartons que les titulaires pouvaient recevoir », glisse Domenech lors d’une conférence accordée à l’école de Paris de management , le 9 janvier 2007, retranscrit l’auteur.

Au creux du chapitre l’on s’aperçoit également que l’un des plus grands fans de Raymond mesure un peu moins d’un mètre 90, joue gardien de but et jouit du statut de titulaire dans le club le plus drôle de France. « Mickaël Landreau, qui était son capitaine chez les espoirs, avant de devenir l’un des gardien de but des A, et dont on vante régulièrement l’importance dans le groupe, dresse un portrait assez flatteur du sélectionneur. « Avec les A, son comportement est le même qu’avec les Espoirs, explique le 3e gardien tricolore lors de la coupe du monde 2006 (…). En revanche, il sait composer et s’adapter encore plus qu’avant (…) Raymond Domenech est quelqu’un qui ne fait rien au hasard. Jamais ». Surtout pas l’éviction du même Landreau de la liste finale des sélectionnés pour l’Euro qui a débuté samedi…

Le faux boucher

Bref, de petites explications mais pas de crise de lèse-Raymond. Seul une petite égratignure à sa réputation de footballeur.

Défenseur latéral rugueux durant toute sa carrière, Domenech fut longtemps surnommé « Raymond le Boucher ». En cause, le premier match de sa carrière sous les couleurs de l’Olympique Lyonnais, au cours duquel un attaquant adverse, l’Autrichien Metzler, voit sa jambe brisée par un « Gone ». Domenech traîne par là, mais ce n’est pas lui le coupable.

« En fait, le public et la presse n’ont vu que Domenech déséquilibrer Metzler au début de l’action. Dans les vestiaires, celui-ci ne dément rien (…) Il imagine avant tout le monde que cet épisode aura un impact immense et renforcera sa supériorité psychologique sur l’adversaire ». De l’usurpation fondatrice.

M6 la rebelle

Heureux hasard. Assez et fort pertinemment acerbe, doux euphémisme, avec le jeu pratiqué par l’équipe de France avant la coupe du Monde 1998, la direction de l’Equipe de cette douce époque a depuis migré vers la télévision. La direction de l’information de M6, est désormais tenue par Jérôme Bureau (ex-directeur des rédactions de l’Equipe) et Fabrice Jouhaud ( ex-rédacteur en chef du quotidien). Et c’est sur le petite chaîne qui monte- détentrice des droits de retransmission des principaux matchs de l’Equipe de France pendant l’Euro- que sont déroulés les commentaires les plus critiques du jeu de l’équipe de France. Des chamailleries en famille, la présentatrice vedette et grande prêtresse du foot sur la chaîne n’est autre qu’Estelle Denis, la compagne du sélectionneur Raymond Domenech.