Vous êtes ici

Un ballon bien mal Euro

Histoire de conforter un peu plus leur réputation, les hôtes helvètes ont choisi de respecter une stricte neutralité. Pour le match d’ouverture du tournoi contre la République Tchèque, une défaite gentille, accueillie dans « une ambiance bon enfant », a titré la Radio Suisse Romande au sortir du match. « Les Helvètes risquent de vivre leur Euro en observateur ». Toute une tradition qui s’exprime et qui se diffuse.

Une douce léthargie qui contamine les supporters réputés les plus bouillonnants. Portugal-Turquie (2-0), partie sans saveur, seulement relevée par les artistiques sauts d’un Cristiano Ronaldo, rencontre qui s’est jouée dans une ambiance de prairie à Genève. Prairie bondée certes avec ses 30 000 spectateurs, mais prairie tout de même. Des sifflotements, des rumeurs, et deux clameurs. Mais sans chaleur.

Le ton a été donné. Seuls les habituels malappris ont osé y déroger. En Autriche, pour changer, Allemands et Polonais qui aiment toujours à se retrouver, se sont chamaillés. Quelques supporters en retard de 60 ans ont fait des grands signes de bras. 200 arrestations. Les autres ont pu profiter de la victoire allemande en chantant les deux buts de Lukas Podolski, attaquant de la Mannschaft (l’équipe allemande), né à Gleiwitz (en Pologne). La prime à la mobilité.

Aussi polie que son homologue Suisse, l’Autriche est restée à la cave dimanche. Défaite insipide, match lénifiant, niveau technique abyssal, la Wunderteam n’a pas vu la lumière contre la Croatie (0-1), pourtant connue comme le nouveau bronze-fesse de la Méditerranée. Tradition plus récente certes, mais assez bien ancrée. A creuser.

Bien sagement, l’équipe de France a emboîté le pas de ses hôtes, et respecté la bienséance. Pas de bruit, pas de mouvement, pas de but et un match joliment nul à l’heure du goûter lundi. Comme une offrande à la Roumanie, nouvelle entrante dans l’Union Européenne. « c’est gentil à la France de nous avoir laisser grapiller un point », a remercié l’entraîneur. S’il fallait une preuve que la France sarkozyste respire l’humanisme.

Et puis tout s’est déréglé. Mais à jouer avec un ballon aux trajectoires aussi incertaines qu’un pamplemousse lancé à la volée, rien d’étonnant à ce que des Oranges mettent le boxon. Une spécialité maison aux Pays-Bas. 14 millions d’habitants et un réservoir de footballeurs ahurissants, capables d’étaler l’équipe d’Italie championne du Monde (3-0), lundi soir.. Des actions, du mouvement, du brio, dans le bruit et la fureur. Aucun respect pour le voisinage. Une belle bande de Bataves !

Leurs lointains cousins outre-pyrénéens (rappelez vous Charles Quint), leur ont répondu mardi. Matador espagnol 4 - buffle russe 1. Passes courtes, jeu long, redoublement, vitesse. De l’ouvrage olé-olé.

Et pour en finir avec cette première série de matchs, l’improbable Grèce championne d’Europe contre les Vikings suédois. Impuissance hellène contre vigueur scandinave. Une partie débloquée en force par une frappe éruptive d’Ibrahimovic, à 20 minutes du termes.
« Quand Zlatan a planté sa patate dans la lucarne de Nikopolidis, commentent sobrement les camarades des Cahiers du football, mensuel de foot et d’eau fraîche, on a bien cru entendre le même râle vengeur émaner des quatre coins du continent ».

8 matchs en quatre jours, 6 parties insipides, 12 équipes qui jouent sur 16. Pas de repos pour les spectateurs. Dès ce soir, c’est le retour du pamplemousse (ou du ballon au choix), avec Suisse-Turquie ; trop de la Bâle.