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Quand les Chinois mattent les footballeuses danoises

Le Comité d’Éthique du Comité International Olympique a refusé d’instruire une plainte selon laquelle le Président de la FIFA Sepp Blatter, membre du Comité International Olympique aurait toléré une campagne de harcèlement de la part des officiels chinois contre des joueuses pendant la Coupe du Monde l’année dernière.

Les incidents, destinés à perturber la préparation de l’équipe danoise, pour son match d’ouverture contre la Chine, ont été jusqu’à l’enregistrement vidéo des joueuses au travers d’un miroir sans tain.

Pour son premier match du tournoi en septembre dernier, la Chine était opposée au Danemark, l’une des équipes favorites. Comme le rappelle Anne Dot Eggers, milieu de terrain de l’équipe Danoise : « Passe encore que des officiels chinois soient venus au Danemark pour enregistrer nos matches de championnat un peu plus tôt dans la saison ; mais lorsque nous sommes arrivées à notre pelouse d’entraînement à Wuhan, l’herbe de la pelouse n’était même pas coupée et ne l’a finalement jamais été ».


« Il y avait un nouvel incident chaque jour. À la longue on a commencé à se dire que ce n’était pas normal. Un matin, il y avait un trou d’un mètre de diamètre au beau milieu de notre pelouse »
. Anne, qui affiche plus de 100 sélections en équipe nationale, poursuit : « lors d’une séance d’entraînement, une fanfare est arrivée sur le bord du terrain. Les tambours et les trompettes étaient si bruyants qu’on ne pouvait même plus entendre les consignes du coach ». Les séances d’entraînement étaient ouvertes au public sauf l’ultime répétition. « On était en train de mettre au point des combinaisons tactiques lorsqu’on s’est rendu compte qu’un type était en train de nous filmer du balcon d’un immeuble voisin », poursuit Anne. « On a donc demandé aux officiels de la FIFA de le faire partir. C’est alors qu’on a découvert qu’un deuxième individu enregistrait nos séances de tirs de corners. Comme les officiels de la FIFA le laissaient faire, nous avons interrompu la séance et lui avons fait des doigts d’honneur… »

En regardant attentivement, ils ont cru voir du mouvement derrière le miroir…

La veille du match contre la Chine, les Danoises fignolaient les derniers réglages tactiques dans un salon de l’Hôtel Howard Johnson. « Un membre de notre délégation a remarqué un grand miroir sombre sur le mur et a commencé à plaisanter : vous pensez qu’il y a quelqu’un derrière… », se souvient Anne. En regardant attentivement, ils ont cru voir du mouvement derrière le miroir. Le directeur de l’hôtel a donc été appelé afin d’ouvrir la porte d’un petit local attenant. À l’intérieur se trouvaient deux hommes avec des caméras vidéo.

« Ils ont tenté de fuir mais ont été immobilisés par des membres de notre encadrement. La police est arrivée et les a emmenés. Elle les protégeait manifestement ». Certaines joueuses qui avaient aussi leur caméscope, ont commencé à filmer les deux types qui protestaient “pas de caméra, pas de caméra !” »

Le match fut particulièrement dur. La Chine menait 2-0. Anne réduisit l’écart d’une tête à la 51ème minute. Dans les ultimes minutes du match, Dianne Ferreira-James, l’arbitre du Guyana, sélectionnée par la CONCACAF (Confédération de l’Amérique du nord, centrale, et Caraïbes de football association) présidée par le Vice-président de la FIFA Jack Warner [1]
a infligé deux cartons jaunes litigieux aux danoises qui sont parvenues à égaliser à la 87ème minute pour finalement perdre 3-2 dans les dernières secondes.
Le coach danois Kenneth Heiner-Moller a refusé de serrer la main de son homologue chinois à la fin du match sans en expliquer la raison, se contentant d’indiquer : « nous avons déposé une plainte à la FIFA au sujet de ce qui est survenu avant le match ». Mal lui en a pris. Le porte-parole de la FIFA Nicolas Maingot déclara que Heiner-Moller se voyait infliger deux matches de suspension. Sanction finalement réduite, pour lui permettre d’être présent pour le dernier match des danoises contre le Brésil.

Outré, le président de la Fédération Danoise Allan Hansen a déclaré : « Il est grotesque que deux chinois puissent s’asseoir derrière un miroir sans tain et filmer l’équipe féminine danoise à son insu. Je n’ai aucun doute qu’ils soient connus de la police chinoise et de la FIFA ».

Les Chinois se rincent l’œil mais font la sourde oreille, la FIFA aussi

Un porte-parole de la Fédération Chinoise a nié les faits : «  Nous en avons entendu parler mais, après enquête, il est avéré qu’un tel incident n’est pas survenu ». Après une entrevue avec les officiels danois, la FIFA a pour sa part, déclaré « qu’il ne s’agissait pas d’un sujet sportif » ce que conteste la presse danoise qui exige des explications du président Blatter. Ce dernier a fait savoir que « ce cas résulte clairement d’une défaillance des services de sécurité. Des mesures ont été prises afin qu’un tel incident ne se reproduise pas. S’agissant des jeux olympiques à Pékin, j’ai toute confiance dans la capacité des autorités compétentes pour prendre les mesures appropriées ».

À la FIFA, on affirme ne pas être parvenu à obtenir le nom des coupables de la part de la police chinoise, et qu’il s’agit donc d’une affaire entre la police et l’hôtel. Ce n’est pas le point de vue d’Anne Dot Eggers et de deux de ses partenaires : « C’est ridicule. Tout le monde sait bien qu’il s’agit d’une affaire sportive. Pour quelle autre raison ces types auraient-ils pu nous espionner ? ». Elles ont donc écrit au Secrétaire Général de la FIFA Jérôme Valcke, en lui demandant de mettre ce dossier à l’ordre du jour du Comité du Football féminin. La réponse est venue de Christian Unger : « Merci de bien vouloir noter que la FIFA ne peut traiter d’affaires aussi sensibles par simple email. Compte tenu de la gravité des faits évoqués dans votre correspondance, nous vous suggérons de transmettre votre email à la Fédération danoise, de manière à ce qu’elle formalise votre plainte et nous la transmette selon les circuits appropriés ».

Le secrétaire Général de la Fédération Danoise, Jim Stjerne Hansen, a étrangement soutenu le point de vue de la FIFA et rejeté leur plainte. Dans la perspective des Jeux Olympiques et compte tenu du refus d’ouverture d’une enquête de la part du président de la FIFA et membre du CIO Sepp Blatter, les joueuses ont donc décidé de déposer plainte auprès du Comité d’Ethique du CIO. Le CIO a nié toute responsabilité dans l’affaire et les a réorienté vers le Comité d’Ethique de la FIFA, en précisant qu’il n’y avait aucune plainte à l’encontre de Sepp Blatter en tant que membre du CIO. Les joueuses ont réagi vivement en affirmant que c’est Blatter qui avait personnellement mis fin aux investigations.

Sourd à leur requête, le CIO se contente d’insister sur le fait qu’aucune plainte ne vise Blatter – ce qui est inexact – et que la FIFA a l’autorité nécessaire, même si elle refuse de l’exercer. « S’ils ne sont pas capables de nous assurer la sécurité pendant la Coupe du Monde en Chine, qu’est-ce que ça va être pendant les Jeux Olympiques », s’interroge Anne qui conclut désabusée : « C’est aussi une affaire d’équité. Si c’était arrivé à une équipe masculine, l’affaire ne serait sûrement pas enterrée ».

Les françaises sont prévenues. Faudrait peut être ajouter à la délégation française une équipe de leurres façon bimbos bien galbées, histoire de détourner l’attention de ces vicieux de Chinois pendant l’entraînement de nos athlètes…

© Transparency in sport

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