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Flins-Les Mureaux : le circuit de la colère
« Pour ou contre le circuit de F1 ? » C’est la question qui est sur toutes les lèvres actuellement à Flins-sur-Seine, aux Mureaux, et dans les communes avoisinantes. Le Conseil général des Yvelines souhaite en effet qu’un circuit de F1 soit construit en bords de Seine pour accueillir un hypothétique retour en 2011 du Grand Prix de France.
Sur deux projets encore en lice pour l’accueil du circuit, celui de Flins-Les Mureaux et celui de Sarcelles, c’est le premier qui est en pôle position, grâce à deux points forts : 112 millions d’euros d’investissement, intégralement financés par de l’argent public. C’est Pierre Bédier, président UMP du Conseil général qui porte le projet à bras le corps.
Des riverains mobilisés contre la construction du circuit
Mercredi soir, le collectif « Flins sans F1 » a réuni plus de 300 personnes pour débattre de ce sujet. Aberration en période de crise économique et écologique, nuisances sonores, dépréciation du patrimoine foncier, font partie des arguments des « anti-circuit ». Le monde de la F1 se porte mal, les Grand Prix sont déficitaires. Mais ils fustigent surtout le manque de concertation avec les habitants d’un projet porté presque en solitaire par Pierre Bédier. Ce dernier met en avant les avantages économiques liés à la présence d’un circuit de F1 pour réveiller la « Vallée de l’automobile », quelque peu assoupie du fait de la crise qui touche de plein fouet le secteur automobile.
L’argument phare des supporters du circuit se résume à trois lettres : HQE (Haute Qualité Environnementale). Albert Bisherour, maire adjoint Vert des Mureaux, explique : « Pour nous faire avaler la pilule, on nous a dit que c’était un circuit HQE, du bruit HQE, de la pollution HQE ». Un circuit de F1 Haute Qualité Environnementale ? C’est du propre pour une région déjà fortement polluée par l’A13. Un argument qui ne fait ni chaud ni froid à un habitant des Mureaux pro-F1 : « Il y a déjà l’usine Renault, l’autoroute, la station d’épuration… et après on vient nous dire qu’un circuit de F1 ça pollue ! ».
Les nuisances pour les riverains ne sont pas les seuls éléments mis en cause. Le projet contrarie également la Région Ile-de-France et la Ville de Paris.
Du pain ou des jeux ?
Les nuisances pour les riverains ne sont pas les seuls éléments soulevés dans cette affaire. Le projet gêne également la Région Ile-de-France et la Ville de Paris. Le site prévu par Pierre Bédier pour installer le circuit empiète sur un terrain concédé en septembre 2008 à trois agriculteurs bio, deux maraichers et un céréalier, en vue de la création d’une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne).
Cette cession initiale de terres par la Ville de Paris à l’Agence des Espace Verts par l’intermédiaire de la SAFER, permettait de répondre à un objectif du Grenelle de l’environnement, à savoir porter à 6% en 2012, contre moins de 2% actuellement, la part d’agriculture bio dans de la surface agricole utile (SAU) en France. En 2007, le Conseil Régional avait voté une motion visant à tripler les surfaces bio en Ile-de-France, passant ainsi de 0,78% à 2,4% de sa SAU, ce projet lui tient donc à cœur. Mais ce n’est pas tout. L’emplacement du circuit, en plus d’être en zone inondable, est à proximité d’une zone de captage qui alimente en eau environ 400 000 franciliens.
Le Conseil régional d’Ile-de-France, présidé par Jean-Paul Huchon, ainsi que la Ville de Paris ont intenté des recours contre les décisions de la préfette, à savoir deux arrêtés de ZAD (Zone d’Aménagement Différé), nécessaires au Conseil général pour pouvoir attribuer à la construction du circuit, les terres concédées aux agriculteurs. Ils se sont ainsi joints aux recours de « Flins sans F1 ».
Là où les élus haussent la voix, le gouvernement se tait
Dans le coin, Pierre Bédier est surnommé « l’inéligible », depuis sa condamnation en 2006 pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux – décision à laquelle il a fait appel. Il s’agit d’une attaque politique de la gauche. De leur côté, Jean-Louis Borloo, Ministre de l’Ecologie et Michel Barnier, délégué aux Transports restent silencieux, bien que ce circuit soit jugé « grenello-incompatible », selon l’Alliance pour la Planète, une association écologiste. « Ça les emmerde », selon le directeur des programmes de WWF France.
C’est sûrement par solidarité gouvernementale envers leur Premier ministre, François Fillon, fan de sport automobile, qu’il soutient l’initiative de Pierre Bédier : « Le Conseil général des Yvelines aura toujours les moyens de construire un circuit de F1 […] Penser que la France n’aurait plus la possibilité d’organiser un Grand Prix de F1 car ce serait au-dessus de ses moyens, sachant que dans le projet des Yvelines le groupe Lagardère, qui a les reins solides, est totalement engagé ? Il faut que tout le monde reste raisonnable… La F1 perdrait beaucoup s’il n’y avait plus de Grand Prix en France », déclarait-il le 7 février dernier.
Cette histoire bien complexe n’a pas fini de faire débat dans la région, des collectifs pro et opposants F1 s’affrontent à coup de tracts, d’affiches, n’hésitant pas à mettre des enfants brandissant des pancartes « La Formule 1 c’est nul » ou à brandir des oriflammes aux couleurs de la F1. Du côté des opposants, on trouve beaucoup de têtes blanches, des riverains qui refusent de se faire catégoriser d’écolos.
En face, comme le témoigne un participant : on trouve « des élus ceints de leurs écharpes, les glands pendants […] qui applaudissaient à tout rompre », dans des salles surchauffées remplies de « supporters », un collectif pour la F1 dans les Yvelines, fondé par directement par le Conseil général, lui aussi subventionné par de l’argent public.
La décision ultime du lieu d’implantation du circuit reviendra néanmoins à Bernie Ecclestone, le « grand argentier de la F1 », patron de la FOM (Formula One Manager), qui, entre autre gère les droits de retransmission des Grands Prix. TF1, qui dispose des droits jusqu’en 2012 aimerait bien de son côté que le Grand Prix de France ait lieu de nouveau, histoire de rentabiliser l’achat des droits.
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