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Caster Semenya victime de la raison d’Etat
« Elle » s’appelle Caster Mokgadi Semenya. Son extrait de naissance indique qu’elle est née le 7 janvier 1991, de sexe féminin dans un village perdu d’Afrique du Sud. Elle est sortie de l’ombre au mois de juillet, au cours des championnats d’athlétisme junior, en courant le 800 mètres en 1 minute, 56 secondes et 72 centièmes, pulvérisant son précédent record de plus de 7 secondes.
Semenya, performance de l’année
Pour le plus grand malheur de Caster, La Fédération Sud Africaine d’Athlétisme s’était fait souffler dans les bronches à son retour des Jeux de Pékin d’où sa délégation n’était rentrée qu’avec une seule médaille. Sous pression, elle a donc décidé d’aligner Semenya dans l’épreuve du 800 mètres féminin des Championnats du Monde d’Athlétisme à Berlin au mois d’Août. Un titre qu’elle a remporté haut la jambe en 1 minute, 55 secondes, 45 centièmes, réalisant la meilleure performance mondiale de la saison et améliorant de 2 secondes, le record de la championne en titre Janeth Jepkosgei.
Une superbe performance sachant que l’athlète avait été mise sous une pression inouïe quelques heures avant la finale par un communiqué assez laconique de la fédération Internationale d’Athlétisme qui exigeait, quelque soit l’issue de la course, que Semenya se soumette à des tests médicaux destinée à vérifier qu’elle était bien une femme. Pas terrible pour la concentration…
Des tests gardés secrets avant les Championnats du monde
Et puis très vite, la presse a lancé la polémique avant même la cérémonie de remise des médailles : fille ou garçon ? Est-ce que la Fédération Sud Africaine ne se serait pas livrée à une sordide tricherie ? Harcelé de questions, Léonard Cheune, son président, nia tout en bloc, affirmant n’avoir pas connaissance des tests auxquels son athlète aurait été soumise avant les championnats du monde.
Le jour J quelques minutes après sa victoire, dévastée par la honte et s’adressant à Léonard Cheune, la gamine s’est écriée en larmes : « pourquoi m’avez-vous amenée ici ? Pourquoi ne pas m’avoir laissée dans mon village ! Là bas personne n’a jamais prétendu que je n’étais pas une fille ; mais ici, aux championnats du monde ce n’est plus le cas ! Non je ne suis pas un garçon !… ». Cheune avait eu toutes les peines du monde à la convaincre d’accepter sa médaille…
Quelques jours plus tard, l’enquête menée notamment par le correspondant de BBC Sport en Afrique du Sud, a rapidement fait la lumière sur la triste « affaire Semenya ».
Sa performance du mois de juillet avait en effet déjà attiré l’attention de la Fédération Internationale d’Athlétisme qui, au vu de sa morphologie et de son style de course, avait suggéré discrètement à la fédération Sud-Africaine de la soumettre à des tests de détermination de son sexe. Des tests qui avaient bel et bien eu lieu dans le plus grand secret le 7 Août dans un hôpital de Pretoria, avant le départ de l’athlète pour les championnats du Monde donc. Après avoir pris connaissance des premiers résultats, la Fédération Internationale avait demandé sans succès à l’Afrique du Sud de l’exclure de l’équipe engagée aux Championnats du Monde. Dans une ultime tentative pour éviter le scandale, Harold Adams, le médecin de la délégation sud-africaine avait même suggéré à Leonard Cheune à Berlin de trouver un prétexte pour qu’elle ne participe pas à la finale au cas très vraisemblable où elle serait qualifiée.
L’ANC derrière Semenya
Pris à son propre piège, Cheune a fait son mea culpa le 19 septembre : « Je ne peux plus me présenter devant vous en affirmant que j’ignorais que Caster Semenya avait subi des tests de détermination de son sexe. Mais je n’allais pas nuire à son talent sur la base de quelques rumeurs ; sur quel fondement aurais-je pu l’exclure ? mon seul crime a été de prendre la décision qu’elle courre ; et elle a gagné… ».
En réponse à la démonstration de cynisme abject de Léonard Cheune, la Fédération Internationale a fait savoir qu’elle ne soupçonnait nullement Caster de tricherie délibérée et que même si elle « échouait définitivement » aux tests de féminité, elle ne perdrait pas nécessairement son titre. Pendant ce temps là en Afrique du Sud, la tension est montée de plusieurs crans ; c’est d’abord un porte-parole de l’ANC qui a lancé un appel de soutien à « notre fille en or », relayé par La Jeune Ligue Communiste d’Afrique du Sud qui hurle au racisme. Pour ne pas être en reste, le ministre des sports, le Révérend Makhenkesi Stofile, ne promet rien de moins qu’ « une troisième guerre mondiale » au cas où il viendrait à la Fédération Internationale, l’idée d’interdire à Caster de participer aux compétitions officielle chez les féminines…Jusqu’au président Jacob Zuma qui a donné des ordres à la ministre « des droits des femmes et des enfants » Madame Noluthando Mayende-Sibiya, de déposer une plainte aux Nations Unis devant la Commission pour La Promotion des Femmes, en raison du mépris manifeste de la dignité humaine dont aurait fait preuve la Fédération Internationale dans cette affaire.
Un cas d’hermaphrodisme
Brisée, Caster est retournée dans son village où ses proches, à commencer par sa mère, Dorcus Semenya tentent de la réconforter. « Je n’ai aucun doute sur ce que je vois ; c’est une fille » a-telle confiée avec beaucoup de dignité à des journalistes venus l’interroger. Des médias australiens qui ont eu accès aux résultats des tests de Caster affirment qu’elle souffre d’un syndrome rare d’insensibilité aux androgènes, qui l’aurait affligé de testicules non descendus, d’un taux élevé de testostérone, mais avec l’apparence physique dominante d’une femme avec vagin et utérus…Bref un hermaphrodite qui va devoir se préparer à affronter le regard de ses contemporains et d’en souffrir au moins autant qu’Eléphant Man…
C’est de Carl Lewis, la star retraitée de l’athlétisme américain que lui est venu le soutien le plus sincère : « Voici une jeune femme de 18 ans, parce que c’est comme cela qu’elle se ressent, abandonnée à son sort en cours de route par sa fédération…Elle est une athlète de votre pays et vous avez préféré vous abstenir de résoudre son problème…Pour présenter les choses à la face du monde telles que je les ressent, je suis très déçu de votre déloyauté envers elle ; maintenant elle est marquée pour le restant de ses jours ».
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