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Journaliste, «FIFA, c'est plus fort que toi»

Face à la critique qui prend de l’ampleur en Afrique du Sud en dénonçant les prix exorbitants des billets d’avion, des hôtels et des tickets d’accès aux stades de la Coupe du Monde 2010, Sepp Blatter riposte en dégainant son arme favorite : la menace d’un refus d’accréditation des reporters et des journalistes qui auraient le culot d’écrire des articles « nuisant à la réputation de la FIFA ».

Sois journalistes et tais-toi !

Thabo Leshilo, le président du Comité pour la Liberté d’Expression des médias sud-africains a réagi assez vivement : « L’intention de la FIFA est proprement scandaleuse » . Un geste d’humeur remarqué qui s’ajoute à la colère des journaux locaux qui viennent d’apprendre qu’ils ne pourront pas être distribués à la criée dans un périmètre de 800 mètres autour des stades ; une pratique locale qui constitue pourtant une importante source de revenu pour les Sud-Af’ les plus pauvres qui, de toute façon, n’ont pas les moyens de s’offrir des billets d’entrée dans les stades.

Les reporters eux, sont de plus en plus inquiets en comprenant qu’ils ne seront pas autorisés à couvrir les faits divers impliquant des officiels de la FIFA ou des équipes participantes ; voire même de mentionner les hôtels dans lesquels ils sont descendus.

Comme l’indiquait sans rire Gill Moodie, un célèbre reporter local la semaine dernière, « imaginez qu’on rencontre des joueurs ivres dans un bar, qu’un autre organise une petite réception dans sa chambre avec des prostituées, ou à l’inverse, qu’un joueur touché par le dénuement d’une femme de chambre, décide de l’aider et de payer les frais de scolarité de ses enfants ? Comment voulez-vous que nos lecteurs croient à l’histoire si nous n’avons ni le droit de mentionner le nom de l’hôtel, ni celui d’interroger son directeur ? ».

Les menaces répétées de la FIFA depuis 2006

Le porte-parole de LA FIFA, Odriozola Pekka tente laborieusement d’arrondir les angles : « La liberté de la presse est garantie. Pour nous c’est fondamental et vous pourrez bien sûr couvrir la Coupe du Monde dans les meilleurs conditions possibles…Nous n’avons jamais eu de problème de cette nature auparavant. Les organisations internationales qui se sont penchées sur la question n’ont rien relevé. Non, franchement, vous n’avez rien à craindre… ».

Sauf qu’il a été sèchement contredit par le reporter sportif Thomas Kistner du Süddeutsche Zeitung de Munich qui s’est fait un malin plaisir de rappeler : « Les médias allemands étaient déjà très inquiets au sujet des conditions imposées par la FIFA avant la Coupe du Monde de 2006. L’association mondiale des supports de presse avait d’ailleurs menacé la FIFA d’un procès afin de protéger la liberté d’expression… ».

La FIFA, qui a oublié depuis longtemps son slogan « dans l’intérêt du Jeu » (For the Good of The Game), avait finalement fait marche arrière en 2006 et n’avait pas pris le risque d’une confrontation avec les puissants médias allemands.

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Oliv’

La colère du red’ chef du journal sud af’

Le professeur Anton harber, l’ancien rédacteur en chef du journal de Johannesburg Mail & Guardian en a rajouté une épaisse couche qui résume bien la situation des forces en présence à quelques mois du coup d’envoi : « La FIFA s’est cru autorisée à bannir ceux qui essaient de gagner leur vie en vendant les journaux autour des stades. Elle nous a encouragé à détourner des fonds destinés au développement du pays, vers la construction de stades somptuaires, et elle exige maintenant que nous renoncions à toutes sortes de droits pendant le mois où elle va prendre le contrôle de nos villes. Parfait et tant mieux pour le grand événement. Si par contre, elle essaie de jouer avec notre liberté d’expression, comme elle semble vouloir le faire par le biais des accréditations de journalistes, il faut qu’elle se prépare à un dur combat. Nous n’avons pas pour habitude d’abandonner nos droits constitutionnels à la légère… »

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