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Le Jeu en vaut-il la chandelle ?

C’est surprenant : alors qu’Annecy s’entête à postuler pour organiser les Jeux Olympiques d’hiver de 2018, André Guélfi, plus connu sous l’élégant sobriquet poissonnier de « Dédé la sardine », n’a reçu aucun coup de téléphone de Savoie. Pourtant, avec son pote Juan Antonio Samaranch, ancien ministre de Franco et ex-patron du tout-puissant Comité international olympique (CIO), c’est lui qui fait les villes reines. Dédé explique l’origine de son pouvoir dans le monde du muscle : « Il y a quarante ans, je suis devenu l’ami de Horst Dassler, le patron d’Adidas. Nous avons fait des affaires, j’ai pris goût à ce monde de l’industrie du sport. Et j’y suis resté. » Mais il reste discret sur sa manière de rallier à son point de vue certains membres du CIO… Ces votes utiles sont sûrement une vieille histoire d’amitié. Inutile donc, comme Bertrand Delanoë, de passer des mois en survêt’ pour obtenir les Jeux.

propagande de com’

Si les Chinois, Anglais et Russes, pour obtenir les JO de Pékin, Londres et Sotchi, ont poussé la bonne porte, les Français, eux, continuent de chercher la clé. Nous, habiles frenchies, pour convaincre des électeurs qui sont aussi kazakhs ou turkmènes, nous tournons des films de propagande, ridicules et coûteux, avec Catherine Deneuve ou Johnny Hallyday sur l’écran. Ce qui, bizarrement, ne convainc pas davantage l’Ouzbek. Dans les JO, ce qui intéresse trop d’organisateurs, ce n’est pas le muscle, mais le gras. Pas les Jeux mais l’argent des Jeux. La distribution de ces budgets, si bénéfiques pour ces agences de com’ et autres stars, amies du sport-business. Dans le dossier d’Annecy, les élus ont voté une dépense « prévisionnelle » de 2,5 millions d’euros pour la propagande. Pour faire une image, cela représente quarante appartements HLM dans un département où le chômage vient d’augmenter de 8 %.

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Oliv’

gros david et son bouffon

Comme le chat qui pisse contre le mur, la conquête des Jeux est aussi, pour les politiques, l’occasion de marquer leur territoire. Ainsi, Jean-Luc Rigaut, le maire d’Annecy, pourtant de droite et champion olympique à la rame, vient-il d’être débarqué du projet par Sarkozy et son délicat ambassadeur David Douillet. D’un balayage, le gros David a viré pas mal de militants de la cause en or. Antoine Dénériaz, bien que champion olympique de descente à Turin et Jean-Paul Pierrat, ancien roi du fond, ont également été débarqués. Et Jean- Claude Killy lui-même, ami de l’UMP, du pouvoir et de l’argent, s’est écarté avant qu’on ne le pousse. Edgar Grospiron, champion olympique en « ski de bosses », c’est-à-dire chez les bouffons, a pris le relais comme leader. Dans chaque interview, il déclare régler ses pas sur ceux de Sarkozy. Ce qui ne va pas toujours bien loin.

Pendant que Grospiron s’amuse en Savoie, on défile dans les rues de Vancouver, pour protester contre l’ouverture de ces ruineux JO. Où, pour garnir les pistes on transporte la neige dans des camions. Alors que l’équivalent carbone des Olympiades est un désastre écologique. Sur le plan des fameuses « retombées économiques » des Jeux, dont on nous rebat les oreilles, elles existent bien. Mais à l’envers. Là où les JO passent, l’équilibre budgétaire trépasse. Allez donc faire un tour à Athènes, pour voir… Finalement, merci Dédé de ne pas avoir « facilité » l’organisation de JO de Paris. On va y vivre un peu moins pauvre et avec des poumons plus clairs.

Lire ou relire sur Bakchich.info :


Un historien russe et un ancien officier du KGB affirment que l’ancien président du CIO avait été recruté par l’agence soviétique à la fin des années 1970. Avec des effets qui perdurent.

Branle-bas de combat chez les flics londoniens. La capitale britannique, qui accueille les prochains JO, ne veut pas être transformée en un gigantesque lupanar.

"Préserver la fiabilité des compétitions sportives au sens de l’esprit olympique" : c’est la raison sociale d’une nouvelle société suisse, International Sports Monitoring.

Finalement, les Français doivent s’estimer heureux de ne pas organiser les JO 2012. Car la note pour les contribuables londoniens ne finit plus de grimper et les licenciements s’enchaînent.