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Grand Stade de Lille, pourquoi on n'y comprend rien
« Grand stade : ce rapport qui fait trembler la communauté urbaine ». Le titre est signé La Voix du Nord et sort dans l’édition Métropole Lilloise du quotidien régional, le vendredi 17 décembre. Soit trois jours après la divulgation de la nouvelle plainte d’Eric Darques, cette fois-ci au pénal, dans L’Express (relire Une plainte au pénal pour la route).
Essayez de lire le papier (ou d’autres, celui-ci est pour l’exemple) pour voir : à moins d’être très intéressé par la question et d’en connaître déjà la plupart des détails, vous n’allez retenir qu’une chose de cette histoire de rapport-disparu-qui-réapparait-sans-disparaître-dans-les-couloirs-de-LMCU : que ce dossier est compliqué ! Du début à la fin.
PPP et finances publiques déjà, ça part mal !
On passera sur la pré-période 1er février 2008 (Grimonprez-Jooris 2, choix du site de la Borne de l’Espoir). Pour uniquement se concentrer sur cette partie du dossier : l’attribution des travaux à Eiffage sous un système de partenariat public-privé. PPP pour les intimes. Qui ne sont pas nombreux, et c’est peut-être cela la première donnée qui fait que ce dossier est hyper-complexe : qui, parmi les lecteurs, est capable de résumer clairement en quoi consiste un Partenariat Public-Privé, mode de financement désormais à la mode dans les collectivités ? Pas grand monde. On peut gager également qu’une partie des élus communautaires n’a pas plus suivi que ça le dossier. Hyper-complexe, on l’a dit, on parle de finances publiques – et privées – et du coup, on se repose sur la commission chargée de gérer ça avec les conclusions des rapports qui vont avec. Plus simple comme cela : mais c’est la première difficulté.
LMCU éteint l’incendie en silence
Et s’il n’y avait que ça… Mais non, dans l’Arlésienne du Grand Stade, il nous fallait un beau petit tour de passe-passe. Là, c’est toujours LMCU qui s’en charge. On ne va pas y revenir en détail (relire La comédie des stades) : ce rapport qui était favorable à Norpac pour l’attribution du Grand Stade, qui, sans y changer grand chose, devient favorable à Eiffage. De quoi être soupçonneux bien évidemment. Sauf qu’à LMCU, depuis ce moment-là, c’est circulez, y’a rien à voir. Tout est clair comme de l’eau de roche, même si le PPP dans sa version intégrale n’est pas disponible (y’avait pas le mot public dans partenariat public-privé ?) et qu’ils ne transmettent pas le fameux rapport précité à la presse. Troublant pour le grand public.
Troublant pour les journalistes aussi. Qui malheureusement ne sont donc pas aidés : pas de documents (ou qu’ils se procurent par des biais détournés), peu d’interlocuteurs sans langue de bois, du coup, on prend toutes les précautions possibles dans les papiers. Conditionnels, suppositions, et toutes les astuces sémantiques pour ne pas trop se mouiller et surtout éviter de diffamer. Et donc des papiers louvoyants, souvent sans grandes infos (et ce n’est pas faute d’essayer…). Logique. Il sera juste intéressant de voir le ton de la presse quand enfin quelqu’un balancera la vérité sur ce fameux rapport devenu favorable à Eiffage pour l’avoir vécu de l’intérieur. Ce n’est pas pour demain et pendant ce temps, LMCU peut se frotter les mains et crier aux suppositions journaleuses sans fondement dès que l’on ose évoquer le sujet.
Eric Darques, cet étrange chevalier blanc
Ajoutez-y enfin une dernière donnée : citez-nous un élu d’envergure qui mettrait de tout son poids dans la balance pour expliquer qu’en effet tout ça n’est pas clair. Black-out total. Pour ne pas se faire chiper son portefeuille ? Peut-être. Alors, à la place, parmi les gens les plus remuants, on retrouve un ex-élu. Celui qui a porté l’affaire au tribunal administratif (et perdu) et qui la porte donc au pénal : Eric Darques (retrouvez son portrait).
Encore une composante qui n’arrange pas la complexité du dossier : l’homme est ancien élu municipal de Lambersart qui a roulé pour le RPF de Pasqua et l’UMP avant d’en être exclu (pour insulte envers Daubresse). Un opposant de droite, c’est déjà suspicieux, c’est comme ça dans l’Hexagone. Encore plus s’il n’a pas de mandat majeur ou de légitimité sur la métropole, se chargent de rappeler ses détracteurs qui n’hésitent pas à vous indiquer qu’il n’est pas forcément de bon ton de faire un papier sur lui. En vous le décrédibilisant, en vous le présentant comme un illuminé. Et en oubliant que l’illuminé a renvoyé tout de même Mauroy devant la justice pour l’affaire Cohen-Solal et contribué à faire bouger le dossier de l’eau dans la métropole.
Du coup, quand Darques avance au bulldozer avec des idées bien arrêtées, les médias avancent à reculons avec lui. La peur de se faire piéger et de découvrir qu’il roule au final pour quelqu’un ? Certainement. Du coup, malgré ses certitudes, l’homme a peu la parole et reste dans l’esprit des observateurs lointains le petit élu revanchard contre la machine territoriale. Image dont profitent encore les porteurs du projet Grand Stade pour entretenir l’impression de flou et vous laisser entendre que à-part-quelques-vilains-petits-canards-ambitieux-qui-racontent-n’-importe-quoi-tout-va-bien-on-maîtrise. Dommage. Car, comme dit l’adage, il n’y a pas de fumée sans feu. Le problème, c’est que la fumée de tout ce dossier, cache bien le foyer. Et passez tout le papier au conditionnel, on ne veut pas de problèmes…
Clic : Et pendant ce temps-là, au tribunal administratif…
Le dossier du Grand Stade (et avant de Grimonprez-Jooris 2) a aussi depuis de longues années, pris ses quartiers du côté du tribunal administratif de Lille. Le lieu de tous les recours. Et le lieu où peu de médias se rendent en général. Car il s’agit souvent de conflits qui n’ont que peu d’intérêt pour le lecteur lambda. Sauf le Grand Stade par exemple. Mais voilà, qui dit justice administrative, dit rendu de jugements assez complexes. Il suffit de jeter un coup d’oeil au dernier en date (22 décembre), qui concerne le recours de l’association Nord Ecologie sur le stade de la Borne de l’Espoir. Association qui a demandé « au juge des référés du Tribunal administratif de Lille d’enjoindre au préfet du Nord de mettre en demeure la société Eiffage TP de respecter l’arrêté du 10 août 2009 par lequel il l’avait autorisée à exploiter diverses installations du chantier de construction du Grand Stade Lille métropole. » Recours rejeté et huit pages motivant la décision. Bon courage pour les lire (on vous fait même cadeau de l’intégralité de la décision), c’est encore une fois un bel exercice technique et incompréhensible pour la plupart des observateurs non présents dans le premier cercle. Quant aux médias, ils comptent peu de spécialistes de la justice administrative, ce qui n’aide pas à clarifier les choses…





