Tweets by @Bakchich

Vous êtes ici

Fifa et Brésil, l'éternel retour

Au moment où s’ouvrait la réunion très attendue du Comité Exécutif de la FIFA des 20 et 21 octobre à Zurich, la Chambre des Députés du parlement brésilien décidait, comme un symbole, de constituer une « nouvelle » commission d’enquête sur Ricardo Teixeira.

Presque de la routine pour l’inamovible Président de la Fédération brésilienne de football, président du Comité d’organisation de la Coupe du Monde 2014, et membre emblématique du Comité Exécutif de la FIFA dont il incarne toutes les dérives.

Le passif de Teixeira

Dès septembre 2000, une première commission d’enquête a passé au peigne fin les pratiques de la Fédération brésilienne qu’il dirige. Elle y a consacré un rapport de 800 pages préconisant des poursuites judiciaires à l’encontre de 33 cadres de l’organisation.

Déjà, Teixeira s’est distingué ; les parlementaires ont relevé 12 chefs d’inculpation à son encontre pour corruption présumée. 21 des 27 présidents des fédérations d’état qui avait élu Teixeira à la tête du football brésilien auraient aussi du être déférés en sa compagnie, devant les tribunaux.
Par chance pour le sympathique Ricardo et sa clique, 18 parlementaires sur les 25 qui composaient la commission d’enquête, entretenaient des relations très amicales avec la Fédé locale ; l’un d’eux avait même reçu quelques subsides de la CBF et d’agents de joueurs compréhensifs et généreux pour financer sa campagne électorale. Le rapport ne fut bien entendu jamais transmis à la justice.

1600 pages de rapport sénatorial

Une seconde commission d’enquête – sénatoriale celle là – qui avait également débuté ses travaux en septembre 2000, les clôtura après 14 mois d’investigation et la production d’un rapport de 1 600 pages.
L’ouvrage recommandait que des procédures judiciaires soient engagées sans délai à l’encontre de 17 personnes. Teixeira, auquel sont consacrées 536 pages du rapport, venait d’ailleurs d’être condamné à 6 ans de prison pour fraude fiscale ! Les sénateurs concluaient qu’un petit bonus judiciaire ne ferait pas de mal à l’artiste puisque 13 chefs d’inculpation de toutes natures ont été relevés contre lui : par exemple de s’être livré à la falsification de documents à grande échelle ; d’avoir emprunté au nom et pour le compte de la fédé locale, 30 millions de dollars auprès de la Delta Bank de New York au taux d’intérêt annuel de 56% ( !) et de s’être fait offrir, en remerciement d’une rémunération si généreuse versée sans protestation par l’emprunteuse, un prêt personnel au taux de 10% ; d’avoir verser sur des bases juridiques très discutables, 9 millions de dollars à un dénommé Jos Hawilla, pour l’aide supposée de ce dernier à la conclusion de l’accord de 400 millions de dollars sur 10 ans, avec l’équipementier Nike…

Forum pour les escrocs

Les conclusions du rapport sénatorial ne laissaient planer aucun doute sur le sentiment des sénateurs envers leur football national. Ils ont désigné la CBF comme un «  forum pour les escrocs ou règnent la désorganisation, l’anarchie, l’incompétence et l’hypocrisie…  » ; bref : business as usual.

Cette fois les choses s’annoncent tout de même plus compliquées pour Teixeira. Outre qu’il pourrait être lâché par Sepp Blatter qui ne peut se payer le luxe de combattre sur tous les fronts et doit répondre des accusations de corruption endémique de son Comité Exécutif à la suite des attributions controversées des dernières coupes du monde au Qatar et à la Russie, la démission du ministre brésilien des sports, Orlando Silva, pourrait sonner la fin de l’insolente impunité du président de la CBF.

Le ministre des Sports démissionné

Silva, ministre depuis 2006 et membre du parti Communiste brésilien qui contrôle le ministère des Sports depuis 2003, est le 5ème de l’administration de la présidente Dilma Rousseff à devoir faire ses paquets à la suite d’accusations de corruption : dans son cas, le détournement présumé de fonds versés par son ministère à un programme dénommé « Seconde mi-temps » et destiné à encourager les enfants défavorisés et les adolescents à la pratique d’un sport.

Les accusations contre Silva ont été portées par un ancien officier de Police, Joao Dias Ferreira fondateur d’un club d’arts martiaux subventionné par le ministère des sports au titre du programme « Seconde mi-temps » et arrêté l’année dernière pour détournement de fonds publics.

 - JPG - 35.4 ko

Pour sa défense, Ferreira, militant communiste, affirme qu’il devait reverser à Silva 10% des fonds perçus de son ministère ; à défaut, ce dernier le menaçait de lui couper les vivres. Au cours d’une interview télévisée mélodramatique façon télé novela, Silva s’est défendu avec emphase : «  le temps passera, demain suivra et le jour suivant je demanderai de nouveau : où sont les preuves ? elles ne sont pas apparues parce qu’elles n’existent pas… »

Son remplaçant, le député communiste Aldo Rebelo s’est vu officiellement confié par la présidente Rousseff, la mission de conduire avec succès les 2 mega-projets de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques de 2016.

Pas plus rassuré que cela de la passation de pouvoirs, Jérôme Valcke le Secrétaire Général de la FIFA s’est contenté de déclarer qu’il regrettait l’incident et attendait que le pouvoir brésilien désigne enfin un responsable capable de faire avancer le dossier Coupe du Monde.

Un autre désaveu pour le président du Comité local d’organisation, son collègue Teixeira, qui aura probablement d’autres chats à fouetter dans les semaines à venir…

A lire ou relire sur Bakchich.info


Petit creux dans la saison de foot. Les championnats n’ont pas repris. La Coupe du Monde est finie. L’Afrique du Sud exsangue. Avant le Brésil en 2014.
Secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke navigue dans le business du foot comme un poisson dans l’eau. Doué d’un talent hors du commun, il se tire sans encombre des pires situations. Licencié pour faute professionnelle, il est même (…)

Le secrétaire général de la FIFA met en demeure le Brésil de se remettre "sur la bonne voie" pour prouver rapido qu’il sera capable d’accueillir la Coupe du Monde en 2014.