Vous êtes ici

OpiOM de Marseille

Vieux Port. Soleil sur la bonne mère, sourires en terrasse de la Samaritaine, ciel radieux. Les faits divers couvrent bien une double page de la Provence.

 - JPG - 13.4 ko

Dans la nuit, une fusillade a certes éclaté entre des cambrioleurs de denrées alimentaires et des policiers de la Bac, laissant un suspect sur le carreau et un flic entre la vie et la mort. Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, désormais fan de Marseille, en a même profité pour venir prendre un coup de chaud dans la journée. Dans l’après midi, un nouveau braquage à… un brico dépôt provoquera une fusillade dans la ville.

Fierté retrouvée entre deux braquages sanglants

Le scandale Guernica occupe deux petites colonnes, coincée dans le journal. Les taxis lancent une grève, les Restos du Coeur annoncent qu’ils sont débordés. Qu’importe. Rien ne chasse les mines réjouies, apaisées, droguées ? Sans doute. Rendu béat, limité benêt, extatique. La douceur de cette journée de novembre peut-être. L’inlassable beauté de la rade. Le spectacle des cars de CRS, scotché devant la mairie centrale, bourbier de la délinquance ordinaire (on ne rit pas) ? Du tout. Il suffit de voir la une de la Provence. "La fierté retrouvée".

 - JPG - 43.3 ko

Le temps d’un soir, Marseille a retrouvé sa drogue, son shoot qui la fait planer, loin, très loin au dessus de sa situation. Son OM, son OpiOM. Le plus grand club du monde, que d’aucuns ont décrit en plein désamour avec sa ville, a vaincu à lui seul Paris, la morne actualité, la lente désagrégation de la ville. 3-0. Une raclée, une fessée rageuse à la plus grande joie, l’auteur de ces lignes compris, des 42 000 supporters présents. Un shoot irréel, incompréhensible, ridicule, au delà du cliché. Trois buts, comme des cris dans la nuit, des râles pour percer l’ennui d’un début de championnat raté.

Trois cris dans la nuit

Au Stade, tout s’oublie. Appartenance partisane, soucis quotidiens, apreté à vivre dans une cité où 30 % de la population survit sous le seuil de pauvreté, s’effacent. Un temps. Pourvu que l’OM gagne. Surtout contre Paris, annoncé dominateur, riche. En un mot supérieur. Le trip n’en sera que plus long. Le chambrage plus dense, la fierté encore plus exacerbée. Des limbes, le club rend son honneur à la ville…

Et en ces temps politiques troublés, un passage entre tribunes et salon présidentielles permet au moins de jeter un oeil amusé ou avisé sur les ballets qui se nouent.

Pas banale de voir se croiser autour des mêmes petits fours le député Henri Jibrayel, socialiste affidé contraint de Jean-Noël Guérini et Eugène Caselli, président de la communauté urbaine de la ville, qui s’est découvert une vocation, sur le tard, loin du Conseil Général. Une place en tribune, une bouchée offerte, un match de l’OM vaut bien d’oublier ses rancoeurs.

Drogue politique

Dans le pas du tout discret salon, Elie Claude Argy, patron (déchu ?) de Force Ouvrière, (ex ?) vice roi de Marseille tape la causette à "Brushing" Caselli.

Pour parler du bon temps, quand tout ce beau monde gérait la communauté urbaine avec l’aide d’Alexandre Guérini, le frère de Nono Guérini, toujours dans le viseur du juge Duchaîne pour son rôle dans le vaste dossier Guernica ?

Le brouhaha des verres ne le dira pas. L’arrivée de jolies brunes détournent l’attention. La miss France 2008, Valérie Bègue, qui dit supporter le PSG parce que l’équipe compte un Réunionnais (et Jérémy Morel, l’arrière gauche de l’OM, c’est du poulet). Une miss en veston parisien présage de l’arrivé du staff francilien. Léonardo, les Qataris, les garde-du-corps barrent l’accès aux toilettes… Un autre visage familier, Renaud Muselier prend place au premier rang d’une tribune présidentielle garni. Au centre Thiriez, président de la ligue, Nasser Al-Khelaifi, patron du PSG et Léonardo.

270 millions d’euros pour quelques heures de bonheur

A droite Muso, qui sourit à Inna Modja, chanteuse de french cancan. A gauche Caselli, Jibrayel. Pas un regard, ni une poignée de main entre ennemis politiques. Mais une envie commune de prendre sa petite dose d’Opiom. La même qui a fait voter à une quasi unanimité, la réfection du stade, 270 millions d’euros dont une bonne part dans des caisses publiques déjà exsangue. La même qui berce la plus belle ville du monde… et l’anesthésie ?

NB : Evidemment le titre de cet article est un hommage à l’excellent Opiom.net

A lire ou relire sur Bakchich.info

Savourons en classe VIP la sensation béate de la victoire sans partage. Et vae victis…
Marseille étoilée, Marseille ensoleillée et Marseille libérée ! L’OM a vaincu Paris dans le choc de la 28e journée. Un triomphe, au Parc des Princes, vécu par Bakchich depuis un bar marseillais.
OM-PSG. 2-4. Une défaite annoncée. Le bar a arrêté de servir du pastis en deuxième mi-temps.