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Matchs truqués en Belgique, la séance de tirs au buts

La polémique sur l'honnêteté du match Lyon Zagreb passée, place aux choses sérieuses. Le procès des matchs truqués belges.

C’est mardi 13 décembre à 9h00 au palais de justice de Bruxelles que va enfin se jouer l’avant dernier acte de la tragi-comédie belge « comment j’ai truqué le championnat belge » mise en scène par le célèbre réalisateur  Zheyun YE, dit « le chinois ».

 

L’instruction de l’affaire, débutée fin 2005 par la juge S. Verstreken qui a jeté l’éponge en cours de route, a été reprise par son collègue Jean Coumans. Bouclé courant 2010, le dossier a  été renvoyé par la Chambre du Conseil du tribunal de Bruxelles en novembre 2010, trois des lascars mis en cause ayant demandé un complément d’information. 

 

18 matchs truqués, 

31 cartons de dossiers

 

 Au vu du nouveau réquisitoire du Procureur du Roi et de la constitution de partie civile du 21 juin 2007 de la société Krefima d’Anvers égarée on ne sait comment dans ce cloaque,  la Chambre du Conseil va donc décider du sort de la joyeuse troupe de 32 acteurs et auditionner ceux qu’elle va renvoyer se produire devant le tribunal. 

 

A l’échelle belge, c’est vrai que le plateau a de la gueule : 32 inculpés, 19 matches truqués dont 18 de L1, 826 500 Euros de bakchichs identifiés et des chefs d’inculpation assez sexy du genre corruption, appartenance à une organisation criminelle, blanchiment et un peu d’extorsion pour faire bonne mesure…

 

La Chambre pourrait même prononcer quelques mesures de détention préventive lors de l’audience, histoire de s’assurer de la présence des têtes d’affiche le jour de la première. Pas sûr toutefois, que ces dernières se risquent à la séance d’échauffement de mardi.

 

Encore un coup du Chinois

 

Zheyun YE le fameux Chinois, manquera à coup sûr à l’appel. Les rumeurs les plus folles courent à son sujet. Certains  affirment qu’on a retrouvé son cadavre il y a quelques mois flottant entre deux eaux du côté de l’Ile Maurice où il aurait pris ses quartiers d’hiver en compagnie de son comparse Alatta ; pour d’autres, il serait retourné se faire une chirurgie esthétique dans le bled de Zhejiang où sa mère l’a mis au monde le 13 mars 1965. 

 

Quoi qu’il en soit, le garçon a indiscutablement été un précurseur. A tel point qu’il contraint aujourd’hui les plus hautes autorités du football international à de ridicules contorsions : « ce n’est pas aux juges de décider de l’avenir du football mais c’est aux responsables du football de le faire », martelait en effet Michel Platini, le ton martial, sur les estrades lors de sa première campagne électorale victorieuse à la présidence de l’UEFA. 

 

 

Au sujet des matches truqués, le ton a un peu changé : « l’UEFA et les fédérations nationales sont confrontées à un cas de crime organisé qui dépasse le pouvoir d’investigation des organisations sportives. Elles sont par conséquent reconnaissantes envers les autorités étatiques qui entreprendront des actions » déclarait un brin gêné un communiqué de l’UEFA de novembre 2009. Depuis, les choses n’ont fait qu’empirer. 

 

Plus récemment Gianni Infantino son Secrétaire Général en rajoutait une couche dans le consensuel mielleux  : « la lutte contre les matches truqués requiert une approche européenne unifiée des gouvernements et des instances sportives ». Ben voyons ; aussi convaincant que le chirurgien qui annonce à la famille que l’opération s’est bien déroulée mais que le patient n’a pas survécu ! 

 

 

Une enquête belge plein de blagues

Pour autant, la Belgique qui espère assister à un grand spectacle à l’ouverture du procès dans les semaines à venir, pourrait être déçue. 

 

A en juger par le contenu des 31 cartons d’archives très consultés au Greffe (4, rue des Quatre-Bras !) ces derniers temps, lesquels révèlent les difficultés rencontrées par la police belge pour établir les faits et mettre la main sur les « cerveaux » du gang malgré les moyens déployés et la multiplication des écoutes téléphoniques et des géolocalisations des principaux protagonistes, la montagne pourrait bien accoucher d’une souris.

 

Faute de grives les flics belges ont mangé des merles. Des seconds couteaux qu’elle a littéralement harcelé. De perquisitions dénuées de tout effet de surprise, en gardes à vue non convaincantes. Pour finalement tenter de leur arracher des aveux sur la base du témoignage présumé accablant de leur « gorge profonde » dont ils ont dissimulé l’identité le plus longtemps possible aux prévenus et à laquelle ceux-ci n’ont jamais été confrontés. 

 

La gorge profonde, une interprète…

pas vraiment physionomiste

 

Et pour cause ; les déclarations de Doris CHEUGN, - c’est elle -  née à Hambourg, de nationalité belge et de langue maternelle française, employée de la compagnie aérienne China Eastern Airlines lorsqu’elle n’était pas « interprète » de l’entreprenant Zheyun YE qui se débrouillait pourtant en français, risquent d’être malmenées comme un ballotin de Léonidas abandonné en plein soleil sur la Grand Place ; qu’on en juge : PV n° 107914/2006 : « déclaration de Doris CHEUGN : le joueur ( ?) qu’elle a vu en septembre 2005 dans la chambre de Mr. YE à l’hôtel Hilton de Bruxelles pourrait être EM ou BF… » ; ou encore : PV n° 130070/2006 : page 5 : « que l’interprète CHEUGN Doris reconnaît dans les traits de EM la personne ayant reçu une somme de 30 000 euros des mains de YE à l'hôtel Hilton en date du 13/09/2005. Que lors de ce rendez-vous du 13/09/2005, CHEUGN aurait entendu dire de la personne qu'elle semble reconnaître comme étant EM, qu'il ne pouvait pas perdre le match de la semaine en cours mais qu'il pouvait perdre le prochain…»

 

Pour être complet, ajoutons à l'intention du public belge qui trépigne d’impatience, que la police de Bruxelles qui taille le costume sur mesure du dénommé EB à partir des déclarations très approximatives de la gracieuse Doris, possède dans une autre chemise, un compte rendu de géolocalisation - dont les flics se gardent bien de faire état à leur témoin-vedette – prouvant qu’au moment où il est supposé recevoir sa gratification honteuse dans la chambre de YE, l’artiste en question est à quelques dizaines de kilomètres de Bruxelles en train de téléphoner à partir de son portable…

 

Bref, truquer le championnat belge ce fut simple comme un coup de fil. Et démonter les charges laborieusement accumulées pendant 5 ans par des keufs imperméables aux subtilités du football, un jeu d’enfant ?

 

Woodward et Newton