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Football, le dernier ballon de Blatter se dégonfle…
Messi gagne son 3e Ballon d'Or Fifa. Sepp Blatter enterre encore une fois ses bonnes résolutions sur la corruption. Play the Game...
Pour extraire le Comité Exécutif de la FIFA de l’œil du cyclone médiatique, son président, Sepp « le Couillu » Blatter, aura tout essayé : enrôler l’ONG Transparency International, offrir un hochet honorifique supplémentaire de conseiller spécial à Henry Kissinger l’ancien Secrétaire d’Etat de Richard Nixon, créer de nouvelles « task forces » chargées de pondre des idées originales bien entendu sans lendemain, en matière de réforme des statuts, d’éthique, de transparence, de conformité ; rien à faire, la greffe refuse de prendre.
Le gros mot « corruption » reste désespérément accolé au sigle qui désigne l’organisation planétaire du football.
Mauvais alignement de la défense
Il est vrai que la ficelle est trop grosse et que Blatter en a usé et abusé. Sa dernière trouvaille, concoctée par Peter Argitay qu’il consulte régulièrement depuis 2002 sur la meilleure manière de détourner l’attention des médias quand un incendie se déclare, semble aussi compromise. C’est rageant. La combine était presque parfaite : créer, en grandes pompes, une «Commission Indépendante de la Gouvernance» et parvenir à convaincre Mark Pieth, une pointure, d’en prendre la présidence, était presque pour Sepp, l’assurance de terminer en apothéose son ultime mandat à la tête de la FIFA.
Le recrutement de Pieth le 30 novembre 2011 est un véritable coup de génie : professeur de droit pénal à l’Université de Bâle, Président du groupe de travail de l’OCDE sur la corruption dans les transactions commerciales, président du conseil d’administration de l’Institut de Gouvernance de Bâle, membre de la commission fédérale suisse des maisons de jeu, de la commission indépendante chargée d’enquêter sur le programme Onusien ‘pétrole contre nourriture’, du Conseil Consultatif de la Banque Mondiale sur l’Intégrité, bref l’homme est le « Monsieur Propre » idéal pour convaincre les médias, que Blatter, qui n'a plus de préoccupation électorale, est déterminé à mettre un terme à la corruption endémique qui ronge son organisation…

Le fantôme des commissions d'ISL
Las, une mouche est tombée dans le lait des alpages. Sûr d'avoir tourné la page et sans doute au terme d'un déjeuner de travail un peu trop arrosé, Sepp s'était également engagé à rendre public le 17 décembre 2010, le rapport du magistrat suisse Thomas Hildbrand qui hante ses nuits depuis des années. Le document, une véritable bombe à fragmentation, récapitule en effet les dessous de table dont ont bénéficié les huiles de la FIFA de la part d’ISL avant que la titulaire de ses largesses télévisuelles ne rende l’âme en 2001.
Malgré le farouche et coûteux combat judiciaire (un abus de bien social caractérisé diraient les malfaisants) mené par la FIFA depuis des années pour que le document ne tombe jamais dans des mains ennemies, la Cour d’Appel de Zoug a enfin décidé le mois dernier que la publication du document présentait un intérêt public.
Super menteur
Installer la Commission Indépendante de Gouvernance le jour de la réunion du Comité Exécutif de la FIFA au cours duquel le document Hildbrand allait être rendu public, aurait été d’un goût douteux.
Fidèle à sa réputation de «super menteur», Blatter a donc renoncé à rendre public un document susceptible de le mettre gravement en cause, ne fut-ce qu’indirectement, au titre de son job de Secrétaire Général de la FIFA avant 1998.
Il n’en fallait pas plus pour déclencher la colère des authentiques experts des mœurs dissolus de l’organisation zurichoise. Le 6 janvier, les «trois mousquetaires» Andrew Jennings, Jens Weinreich et Jean-François Tonda publient un communiqué commun de 6 pages expliquant les raisons pour lesquelles ils refusent, en leur qualité de journalistes, de se prêter à la mascarade du processus de réforme mis en scène par Blatter :
Les menaces de M. Propre
« … Il est absurde que Blatter, qui a bénéficié de l’explosion de la corruption durant ses mandats de Secrétaire Général puis de Président de la FIFA et qui a supervisé les scandales des dessous de table pendant 20 ans au moins, puisse contrôler le processus d’assainissement. Il l’a créé pour se protéger ainsi que ses proches. Sa prétendue ‘feuille de route pour la réforme’ est risible. Nous sommes également préoccupés par le fait que, par l’intermédiaire d’un employé, le professeur Mark Pieth a proféré des menaces d’action judiciaire contre l’un de nos collègues qui a souhaité enquêter sur le montant de sa rémunération par la FIFA ainsi que sur les sommes qui lui seront versées dans l’avenir pour sa participation à la Commission Indépendante sur la Gouvernance, quand bien même il a confirmé les chiffres avancés.
Dans ces circonstances, et pour les raisons indiquées ci-dessous, nous ne pouvons pas coopérer avec la Commission Indépendante de la FIFA… »
Le président du Bayern met la pression
Suit une liste de 20 sujets qui fâchent. Le premier porte évidemment sur la publication du document Hildbrand.
En guise de préambule, les «mousquetaires« s’en prennent aussi au Groupe Amaury et aux dessous de son célébrissime « Ballon d’Or » ; le ton est donné : « Nous exprimons également notre solidarité avec Denis Chaumier, rédacteur en chef de France Football, récemment licencié par le Directeur général du Groupe Amaury. En tant que journaliste, nous n’avons rien à faire avec une commission dans laquelle siège Monsieur Morinière… (directeur de l'Equipe et membre de la commission, ndr)». Ambiance.
Comme si les sarcasmes de Jennings et ses copains ne suffisaient pas, le Président du Bayern de Munich, le très consensuel Uli Hoeness a réouvert les hostilités la veille de leur appel, lors d’une interview à Süddeutsch Zeitung : « Blatter doit expliquer clairement dans les 12 prochains mois comment il entend nettoyer son marécage ; s’il ne le fait pas, on doit créer les conditions pour s’en débarrasser…Chaque semaine éclate une nouvelle affaire. On est resté tranquille pendant un moment parce qu’on avait l’impression qu’il voulait s’en sortir, mais maintenant nous allons une fois de plus, lui mettre la pression… »
La pression, il en aura bien besoin «Sepp le Couillu» pour regonfler le moral de la majorité des membres du Comité Exécutif qui s’apprêtent à passer une année 2012 un brin agitée…



