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Football anglais : Liverpool et ses vieux démons
Suspendu pour injure raciste, Luis Suarez a pâti de sa bêtise. Et du lourd passif de son club. Bakchich publie l'intgralité du rapport de la commission d'enquête de la fédération anglaise.
L’actu footballistique d’Outre-Manche ne semble pas porteuse de good news. En particulier celles qui nous parviennent du club « mythique » de Liverpool, où Patrice Evra en visite de championnat le 15 octobre 2011 avec son équipe de Manchester United, puis le jeune Tom Adeyemi défenseur d’Oldham en Cup le 6 Janvier 2012, viennent d’apprendre à leurs dépens que les vieux démons racistes enterrés sous la pelouse d’Anfield ne demandent qu’à être réveillés.
Ex-haut lieu du hooliganisme à la sauce british, Liverpool FC s’est tristement illustré à ce chapitre au moins à 2 occasions par le passé.
Racist, you'll never Walk alone
D’abord à Bruxelles le 29 mai 1985 au stade du Heysel lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions qu’il disputait à la Juventus de Turin menée par un certain Michel Platini. Le futur président de l’UEFA marquera sur penalty le but de la victoire des transalpins. Dans les tribunes par contre, on déplorera 39 morts italiens et la condamnation ultérieure de 14 supporters de Liverpool pour homicide involontaire. Dévoré de remords d’avoir du disputer le match malgré tout (show must go on) « Platoche » confessera bien plus tard : « …on joue au foot pour gagner la coupe, on te la donne en catimini dans le vestiaire parce qu’on a honte de la prendre… »
L’épisode hardcore précipitera l’exclusion des clubs anglais de toute compétition européenne pendant 5 ans, et de Liverpool, une année de plus.
Ensuite à domicile, le 15 avril 1989 en demi-finale de la Cup contre Nottingham Forest. On comptera 94 morts le jour-même. Un 95ème mourra à l’hôpital 4 jours plus tard. La dernière victime décèdera 4 ans plus tard sans jamais avoir repris connaissance.
Les puristes n’ont bien sûr pas oublié l’arrestation mouvementée à Marseille en 1998 d’une centaines de supporters anglais très imbibés dont un bon nombre venu de Liverpool, décidés à «casser du Maghrébin» lors de la Coupe du Monde, et des menaces de mort proférées plus récemment contre Fernando Torres qui a décidé de prendre le large…
Le « différend » entre l’Uruguayen Suarez et Patrice Evra lors de la rencontre du 15 octobre est, toute proportion gardée, beaucoup plus soft, encore que…
Suarez indique qu'il a frappé Evra parce qu'il est noir
Le rapport de 115 pages de la commission d’enquête de la fédération anglaise (cf. Rapport à télécharger en fin d'article) qui a pris les choses très au sérieux s’agissant d’une accusation portée contre Liverpool au lourd passé, ne laisse planer aucun doute sur la gravité des faits, malgré les dénégations maladroites du joueur latino soutenu sans nuance par son entraîneur et, au delà, par tout l’état major de Liverpool FC pour éviter la sanction ; morceaux choisis (page 98 – paragraphe 391 : Mr Suarez a utilisé des mots insultants en indiquant à Mr. Evra qu’il l’avait frappé parce qu’il est noir. Nous pensons que ça ne nécessite aucun commentaire. Les experts linguistes hispaniques consultés, et dont le témoignage a été accepté par Mr. Suarez, ont indiqué que ce commentaire serait considéré comme un propos raciste, aussi bien en Uruguay que dans d’autres régions d’Amérique Latine…Monsieur Suarez a usé de mots insultants en indiquant à Mr Evra qu’il ne parlait pas aux noirs. Cela non plus ne nécessite pas de commentaire. Les experts consultés sont parvenus à la même conclusion que dans le cas précédent… »). Les alinéas 3, 4 et 5 du même paragraphe, qui semblent démontrer la « banalisation » de propos racistes dans la bouche de Luis Suarez, en disent assez long sur l’état d’esprit qui demeure encore sournoisement parmi les « Reds » et leurs supporters.

Pas étonnant que quelques semaines plus tard, le jeune Tom Adeyemi, venu disputer à Anfield avec son club de Oldham, un match éliminatoire de la Cup, se soit à son tour fait copieusement insulter par une partie de son sinistre Kop : des policiers ont témoigné avoir entendu distinctement des « You fucking black bastard…» jaillir de la tribune et pousser le jeune joueur jusqu’aux sanglots.
L'éducation du joueur de Liverpool clouée au pilori...par Liverpool
Face au tollé général et ajoutant la bêtise à l’insulte, Ian Ayre, Directeur Général du club, s’est fendu d’un communiqué abject : «…L’une des choses décevantes au sujet des évènements récents est qu’elle conduit certains à sous-estimer la détermination du club contre le racisme et la discrimination…La position du club a été ferme et constante depuis le début de l’affaire. Il a défendu Suarez et affirme qu’il n’est pas raciste. Le club pouvait-il faire autre chose une fois la mèche allumée afin d’éviter l’explosion ?…je pense que Suarez n’est pas raciste. Toutefois, il est, ou était avant l’incident, un ignorant…Il a fait usage de mots inacceptables dans la culture et l’environnement dans lesquels il joue maintenant. Mais qui doit-on blâmer pour ça ? Liverpool FC pouvait-il, ou devait-il prévoir qu’un joueur, nouveau dans le pays, puisse ne pas savoir ce que l’on peut considérer comme acceptable, compte tenu de son éducation et d’où il vient ?… ».
En clair, des insultes racistes proférées par un présumé « sauvage » sans éducation doivent-elles être considérées comme telles ?
De son côté Sepp Blatter, gardien-chef (en théorie) des valeurs du ‘beautiful game’, et sans doute pas encore remis de sa ré-élection miraculeuse à la tête de la FIFA, en a rajouté une petite couche dans l’ignoble le 16/11/2011 : « pendant un match, vous pouvez commettre un geste ou dire quelque chose à quelqu’un qui n’est pas exactement comme vous. Mais, à la fin de la partie, c’est oublié et l’on doit se serrer la main… ».
Racisme et contexte
Des propos qui ont déclenché une tempête sans précédent outre-Manche exigeant sa démission et qui ont notamment conduit le défenseur de Manchester Rio Ferdinand, fou de rage, à apostropher Blatter : « Pour avoir dit une chose pareille au sujet du racisme dans le football, il faut vraiment que vous soyez totalement ignorant de ce qui s’y passe… ».
Blatter s’en est tiré – pense-t-il – pas une pirouette deux jours plus tard : «…Ces propos blessent et continuent de blesser parce que je ne pouvais pas imaginer une telle réaction…Quand on fait quelque chose qui n’est pas tout à fait (sic) correct, la seule chose que je puisse dire est que je suis désolé pour toutes les personnes blessées par mes déclarations ».
Bref, comme le relève – humour british ? - le rapporteur de la commission d’enquête de la fédé anglaise : « Pour un Uruguayen, s’adresser à un adversaire noir qui comprend l’espagnol en le traitant de ‘nègre’ au cours d’un match de football en Angleterre est insultant dans le contexte dans lequel le vocable a été utilisé ».
Dans un « autre contexte » en revanche, on attendra encore un peu pour savoir.
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