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Carnets Bertrand, Angolagate, Clearstream: on n'y comprend plus rien!

Publié par G Groupe X Bakchich

Comme souvent dans les grandes affaires politico financières, les journalistes, y compris à Bakchich, n’écrivent plus que pour les initiés. A savoir les avocats, les magistrats, les flics et les journalistes qui suivent ces dossiers délicats, jour après jour. Et la plupart des citoyens n’y comprennent rien. Au point de se détourner de ce type de scandale et de ne pas y attacher grande importance, par exemple dans leurs votes, lors des élections, pour d’anciens repris de justice.

Il est indispensable de revenir parfois, pour plus de clarté, aux épisodes précédents. Ce que nous faisons, nous journalistes, trop rarement.

Ainsi le cas des fameux carnets d’Yves Bertrand, la plupart des citoyens ne comprennent plus rien au film. Or, le parcours de l’ancien patron des RG sous Chirac, ses méthodes indignes et son instrumentalisation de l’Etat, constituent un véritable scandale au cœur de la République.

« Dans le feuilleton des carnets d’Yves Bertrand, mieux vaut ne pas rater le moindre épisode. »

Le malheureux lecteur de presse pense, après avoir lu le Point deux semaines de suite, qu’il connaît l’essentiel des fameux carnets d’Yves Bertrand. Mais c’est pour découvrir, ensuite, qu’il ne s’agissait que de quelques extraits. L’essentiel est encore conservé précieusement dans le dossier judiciaire de Clearstream. Et qui plus est, sous scellés.

Comment ces carnets ont-ils pu faire irruption dans la fameuse affaire des vrais-faux listings bancaires ? Et bien, notre lecteur, s’il a raté le moindre épisode, n’y comprend goutte

L’Ex pas très inquiet - JPG - 111 ko L’Ex pas très inquiet © Nardo

Et ce n’est pas fini. Le dossier devrait être photocopié puis transmis, d’ici la fin de la semaine et à la demande du Parquet, aux avocats de l’Angolagate. Que viennent faire les carnets Bertrand dans cette gigantesque affaire de trafic d’armes entre la France et l’Angola ? Mystère à nouveau pour notre malheureux lecteur.

Et le pire est à venir. Distribuées à une soixantaine d’avocats présents au procès, les carnets seront immanquablement distribués à un paquet de journalistes. D’autres bouts de ces écrits vont paraître ici et là, mélangeant le vrai et le faux, véritable poison qui va discréditer, salir, beaucoup de ceux qu’Yves Bertrand a croisés sur sa route.

Diffamé par le contenu de ces carnets, le chef de l’État a déjà déposé plainte. D’autres vont faire de même, lorsque l’intégralité des carnets va paraître. Des instructions vont être ouvertes, de nouvelles stratégies de défense mises au point et le citoyen définitivement, irrémédiablement perdu.

Tentons, pour y voir clair, de revenir sur les grandes étapes de ce vaste feuilleton médiatico-judiciaire.

1- Un patron des RG graphomane

Patron des Renseignements généraux entre 1992 et 2004, Yves Bertrand animait une sorte de cabinet noir qui recueillait toutes sortes de rumeurs sur la vie privée et financière des personnalités du monde politique. Cet écrivain rentré notait tout, scrupuleusement, sur des petits carnets. A ses nombreux visiteurs, Yves Bertrand distillait vérités et contre vérités, c’était selon. Avant de rendre compte à l’Elysée, et notamment à Philippe Massoni, ancien Préfet de police de Paris qui conseillait Chirac sur les dossiers sensibles

L’ancien patron des RG avait une prédilection particulière pour les journalistes. Dans l’agenda 2001-2002 qui est versé aux dossiers de l’Angolagate et de Clearstream, on trouve une quinzaine de noms. Durant cette année charnière, l’ami Bertrand se montre particulièrement actif.Ses cibles - de Lionel Jospin à Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy - étaient tous ceux qui pouvaient causer du tort à Jacques Chirac. Ainsi cette année là, l’auteur de ces lignes a-t-il rendu visite au patron des RG en raison notamment d’un livre en préparation chez Plon sur Charles Pasqua et ses amis douteux.

A en juger par son dernier livre Je ne sais rien mais je dirai presque tout, Yves Bertrand « échangeait des informations », comme il l’écrit, avec le gratin de la profession. « Parmi ceux que je place sans hésiter parmi les grands de la profession, citons au premier rang Jean Marie Pontault, Gilles Gaetner, Frederic Ploquin, Laurent Joffrin, Eric Conan, que je tiens pour d’authentiques journalistes d’investigation » Et d’ajouter :« Je voudrais aussi exprimer une pensée particulière pour Hervé Gattegno et Pascal Ceaux qui, au fil des ans, sont devenus des amis. » D’autres noms suivent, de Claude Angeli jusqu’au patron de Minute, Gérard Penciolelli.

Rien d’anormal d’ailleurs à visiter ce haut personnage de l’Etat quand on écrit sur des sujets sensibles. A condition de ne pas reprendre les ragots qu’il distillait trop souvent. Ainsi, un exemple parmi d’autres, il fit courir une fable sur les conditions d’acquisition par Lionel Jospin de sa maison à l’île de Ré. Et on retrouva ces insinuations dans un grand hebdomadaire proche du grand homme. .

2-La guerre entre Chirac et Sarkozy

Avec la perspective de la présidentielle de 2007, les relations entre Chirac et Sarkozy se tendent. Le premier ne veut pas du second comme successeur. Au cœur de l’été 2004, des faux listings de la banque luxembourgeoise Clearstream, où figurent des dizaines de noms, sont publiés par le Point, dont le patron, Franz-Olivier Giesbert, est au mieux à l’époque avec Chirac et Villepin. Le nom de Sarkozy - qui n’est pas publié par Le Point - figure sur ces listes.

Les sarkozistes voient dans cette usine à gaz la main de Chirac et de ses proches. Et ils ont raison. Ils pensent aussi, Claude Guéant en tète, que Philippe Massoni, conseiller de Chirac pour les affaires sensibles, ainsi qu’Yves Bertrand, sont au cœur de la manœuvre. Et ils n’ont pas forcément tort.

Seul souci, beaucoup des journalistes reçus habituellement chez Yves Bertrand, n’ont jamais creusé ces pistes pourtant tentantes. Et nos grands journalistes d’investigation ont préféré s’interroger -jusqu’à plus soif- sur le rôle respectif de deux seconds couteaux. A savoir Imad lahoud, un électron libre proche des chiraquiens et Jean Louis Gergorin, un ami de Dominique de Villepin et vice président d’Eads.

Yves Bertrand, lui, n’a jamais été mis en cause par la presse durant l’instruction de l’affaire Clearstream ; il le doit, pour beaucoup, aux pseudos infos qu’il a distillé à ses amis journalistes pendant des années.

3-Des nombreuses raisons que les juges d’Huy et Pons avaient de s’intéresser à Yves Bertrand

Les deux juges d’Huy et Pons, surnommés Zig et Puce, vont tenter de trouver les coupables de cette affaire d’État. Pas très brillants, ils vont se convaincre, eux aussi, que l’affaire a été montée par Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud. Le tout, selon eux, sous la bénédiction de Dominique de Villepin.

Un court moment pourtant dans leur instruction, Zig et Puce se sont intéressés à Yves Bertrand. Des indices, ils en possédaient de nombreux pour justifier de leur intérêt.

Ainsi la plus fidèle collaboratrice d’Yves Bertrand, Brigitte Henri, était fort proche d’Imad Lahoud. Fait troublant, Brigitte Henri explique aux deux juges de l’affaire Clearstream qu’elle a rendu compte à son patron de tous les entretiens qu’elle avait pu avoir avec Lahoud.

Dans ses carnets, le patron des RG note d’ailleurs, dès 2001, que Lahoud peut être utilisé contre Jospin, comme s’il le connaissait. Plus troublant encore, Yves Bertrand avait débriefé quelques journalistes de l’Investigateur, un magazine édité au Luxembourg qui, très tôt, s’est intéressé au mécanisme de Clearstream. Beaucoup des noms qu’on retrouve sur les fameux listings Clearstream, avaient été notés sur des fiches des Renseignements Généraux commandées par Bertrand.

Enfin, les carnets Bertrand saisis par la justice s’arrètent, comme c’est bizarre, en 2003. Or c’est la date où l’usine à gaz des vrais-faux listings commence à germer dans l’esprit de quelques esprits chagrins. Pourquoi les juges d’Huy et Pons n’ont jamais interrogé Yves Bertrand sur cette soudaine panne d’inspiration ?

Histoire d’une perquisition annoncée

Durant l’été 2007, les juges d’Huy et Pons épluchent l’emploi du temps de Brigitte Henri. Yves bertrand sait, à ce stade, qu’il va être entendu.

Du coup, cet homme rusé choisit de mettre en évidence certains de ses carnets, de 1998 à 2003, dans sa propre cave. Et encore, après avoir arraché certaines feuilles. Rien naturellement ne traîne sur la période 2003 et 2004, lorsque la machination Clearstream est en train d’être mise en place.

Yves Bertrand pense s’être ainsi protégé. Son journal de bord met trop de gens en cause, pense-t-il, on ne lui cherchera pas de poux dans la tète ; on hésitera en tout cas à le mettre en examen dans cette affaire.

Indécis, les juges d’Huy et Pons ne perquisitionnent qu’en janvier 2004 et saisissent les fameux carnets. Lesquels sont immédiatement placés sous scellés, oubliés, enterrés. Et, comme on pouvait s’y attendre, Yves Bertrand n’est pas inquiété.

Zig et Puce s’en tiennent à leur schéma initial qui ne met en cause que Gergorin, Lahoud et Villepin. Tant mieux pour Chirac qui, convoqué dès juin 2007 par les deux juges de l’affaire Clearstream, ne se rendra pas à leur invitation et ne sera plus jamais reconvoqué.

On aurait du en rester là. Et les carnets Bertrand, du moins ceux de 1998 à 2003, auraient du moisir dans un grand placard du Palais de Justice.

4 - Les avocats du dossier de l’Angolagate s’intéressent aux carnets Bertrand

Sauf, dans un autre dossier, celui de l’Angolagate, certains accusés vont s’intéresser de près à ces fameux carnets. Les amis de Charles Pasqua, jugés cet automne par le Tribunal de Paris pour trafic d’armes et autres frasques, sont sur la défensive. Parfaitement ficelé par le juge Philippe Courroye, devenu depuis Procureur à Nanterre, le dossier égrène les petites et grandes gateries distribuées à l’occasion d’exportations d’armement vers l’Angola entre 1993 et 1995- dates auxquelles la politique du gouvernement Balladur-Juppé avait décidé d’une parfaite neutralité de la France dans la guerre civile angolaise.

Que reste-t-il aux accusés sinon une défense politique ? Ainsi leurs avocats ont décidé de démontrer que le juge Courroye avait reçu l’aide d’Yves Bertrand dans la conduite de son instruction. L’objectif du juge -atteindre judiciairement Pasqua- aurait rejoint le but d’Yves Bertrand_ abattre politiquement Charlie à l’approche des élections de 2002. Le tout pour laisser le champ libre à Chirac. Ca vole haut !

Et pour preuve des liaisons troubles Courroye-Bertrand, les accusés de l’Angolagate ont eu recours aux fameux carnets. Où l’ancien patron des RG fait mention de plusieurs rencontres supposées avec le juge. L’avocat Allain Guilloux, dont le nom apparaît à la fois sur les listings Clearstream et dans l’Angolagate, fut un des rares à pouvoir prendre connaissance des carnets placés sous scellés par d’Huy et Pons. Et il n’a eu de cesse, depuis, de se répandre sur le thème d’une conjuration pour abattre Pasqua. Le dossier de l’Angolagate ne serait qu’un dossier politique.

Depuis le démarrage des audiences de l’Angolagate, début octobre, les conseils d’Alain Guilloux demandaient la transmission des fameux carnets à la procédure pour éclairer, disent-ils, la justice. Ce qui vient d’être autorisé par le Parquet. D’où les photocopies qui vont inonder une soixantaine d’avocats, autant de parties civiles et la plupart des journalistes présents au procès.

Du pas beau déballage en perspective. Et un lot de consolation pour Yves Bertrand, qui avait annoncé en substance , après la publication de son premier livre, en 2007, « Je ne sais rien..mais je dirai presque tout. J’ écrirai un second, et cette fois je dirai tout. »

Grâce à la photocopieuse du Palais de Justice, Yves Bertrand, écrivain rentré, aura quelques lecteurs.

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