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Le PC du repenti de HSBC planquait de la galette

Publié par G Groupe X Bakchich

Le ministre des Finances Eric Woerth a indiqué dimanche 3 janvier qu’il allait « prolonger autrement » la possibilité pour les contribuables français soupçonnés d’évasion fiscale de « rendre leur situation légale » après la fermeture le 31 décembre de la cellule ouverte à leur intention par Bercy.

Fin août 2009, les bénéficiaires de cette cellule de mansuétude ouverte en avril ne dépassaient guère une centaine. L’annonce à cette date par Woerth de l’existence d’une liste de 3000 détenteurs de comptes en Suisse avait précipité les choses. Pas suffisamment semble-t-il puisque Bercy empile sursis sur sursis.

Ce listing des 3000 s’est retrouvé au cœur d’une polémique lorsqu’il a été révélé qu’une grande partie des noms y figurant provenaient apparemment d’un fichier informatique subtilisé à la banque HSBC de Genève par l’ancien patron de la recherche informatique de l’établissement, Hervé Falciani. En fait, dès l’automne 2008, la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF) collaborait avec le « repenti ».

« Mon seul objectif est de dénoncer l’opacité du système bancaire », expliquait Hervé Falciani dans l’entretien qu’il a accordé à Bakchich. Et s’il disait vrai ? Posé et déterminé, l’air juvénile malgré ses 37 ans, ce Franco-Italien ressemble plus, à première vue, à un chevalier blanc qu’à un voleur de listing. « Les banquiers se comportent comme des proxénètes, s’insurge l’ancien cadre, les services de police ont le droit de demander des comptes au système bancaire. »

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Gros enjeu

La présence de ce repenti dans la région de Monaco depuis le 23 décembre 2008 a constitué une formidable opportunité pour le très médiatique procureur de Nice, Éric de Montgolfier. C’est avec ce dernier que les Suisses doivent tenter d’obtenir l’extradition du mécanicien de la finance – qu’ils ont inculpé pour vol –, avec l’espoir persistant d’obtenir la restitution de son ordinateur, saisi par la justice niçoise.

Autant de requêtes refusées par un Montgolfier, si ravi de l’aubaine qu’il a ouvert en juin dernier une enquête préliminaire pour blanchiment. Comme la HSBC possède, selon notre informaticien, 250.000 « comptes clientèle », dans le monde entier, l’enjeu est considérable. D’où l’offensive médiatique, alimentée par les Suisses et la HSBC, sur le thème : la documentation bancaire sur laquelle s’appuient la justice et le fisc a été volée. Pas question de considérer ces listings comme une base légale.

Autant d’accusations auxquelles Hervé Falciani répond, non sans humour : « Si j’avais vraiment volé ces codes d’accès informatiques, l’État devrait être poursuivi pour recel. »

À Bercy, les caciques du fisc savent parfaitement qu’un piège juridique pourrait se refermer sur eux. « Les documents de l’informaticien, confiait-on fin 2009 dans l’entourage d’Éric Woerth, n’ont été utilisés qu’après la saisie de son ordinateur par le parquet de Nice, en janvier 2009. »

Entretien avec un repenti

Bakchich a longuement discuté avec Hervé Falciani le 13 décembre. Un peu tendu et encore sous le choc des révélations du Parisien sur son dossier, l’informaticien s’expliquait, sans détour, sur le fonctionnement de son ancienne maison. Sa conversation est truffée des anglicismes propres au milieu bancaire et entrecoupée de vibrants plaidoyers « pour la transparence » et « contre le bricolage organisé ».

Bakchich : Dans quelles circonstances entrez-vous à la HSBC  ?

Hervé Falciani. J’ai grandi dans un paradis fiscal. Mon père et mon grand-père ont été employés dans des banques à Monaco. Ma carrière a commencé au casino de la Principauté, et s’est poursuivie à la banque d’Edmond Safra, dont le fondateur est mort dans des conditions mystérieuses à l’occasion d’un incendie criminel. La banque Safra a été rachetée par la HSBC, où j’entre officiellement en l’an 2000.

B. Quelles étaient vos fonctions au sein de la banque ?

H.F. Ingénieur en génie logiciel, j’ai travaillé à Monaco pendant deux ans sur des concepts informatiques pilotes, puis à Genève après 2002, où je m’occupais de recherche et développement des systèmes informatiques. Par exemple, j’archivais des comptes des e-mails avec la clientèle et la transmission des ordres de virement.

B. Vous aviez des fonctions importantes ?

H.F. Disons que j’étais, en gros, le patron des techniciens chargés de l’amélioration des systèmes informatiques. Je possédais l’ensemble des codes d’accès de la banque. Or, peu à peu, j’ai découvert qu’au sommet de la HSBC, on faisait volontairement capoter cette rationalisation des systèmes informatiques, qualifiée dans notre jargon de « Change the bank ». Les services opérationnels –sous l’étiquette, eux, de « Run the bank » – souhaitaient maintenir suffisamment de flexibilité et de bricolage pour organiser la dissimulation d’un grand nombre d’opérations.

J’ai voulu m’en ouvrir à quelques historiques de la maison, qui avaient conçu l’architecture informatique. Tous écartés ou virés. Un peu déboussolé, j’ai envoyé des e-mails et tenté de prendre des contacts à l’extérieur durant l’automne 2008. La police française a pris contact avec moi à cette époque.

B. Vos supérieurs de la HSBC sont-ils devenus soupçonneux ?

H.F. Oui, probablement, car j’ai découvert ensuite que la police suisse avait enquêté sur moi durant toute l’année 2008. Jusqu’à un voyage au Liban, où ils m’ont soupçonné d’avoir cherché à vendre des systèmes informatiques protégés. Le 22 décembre 2008, je suis interpellé sur mon lieu de travail, menotté. Le lendemain, faute de preuves, ils me relâchent. Jamais, étrangement, ils ne m’interrogeront sur la HSBC, mais uniquement sur le Liban. Le 23 décembre, je quitte Genève avec ma famille et regagne la ville de Nice, où j’informe le procureur Montgolfier de ma situation.

B. Comment évolue votre situation judiciaire ?

H.F. Dès janvier, la procureure suisse va demander au parquet de Nice de m’interroger et réclamer, sans succès, que l’ordinateur saisi par la police française leur soit restitué. En mars 2009, c’est alors seulement que la HSBC porte plainte contre moi pour vol.

B. Un mot de conclusion ?

H.F. L’argent sale ne passe plus par des valises, mais par les circuits bancaires opaques.

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