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Roland Cassone: la Chanson du parrain marseillais

Publié par G Groupe X Bakchich

Simiane-Collongue. Le nom fleure bon le charme bucolique d’une nouvelle de Giono ou Pagnol où chantent les cigales sous le doux soleil de l’arrière pays marseillais. Sauf qu’au détour des sentiers qui parsèment la colline, point de Raimu. En lieu et place, les flics marseillais ont cueilli mercredi 28 novembre un drôle de petit vieux. Roland Cassone, 63 ans au compteur, un palpitant pas pimpant, qui jardine, pistolet Glock en poche et bardé d’un gilet pare-balles en par-dessus. Les environs ne sont pas sûrs. Et le bon Roland serré pour blanchiment de fonds criminels, association de malfaiteurs et détention d’armes en sait quelque chose.

Le 21 avril 1978, Roland et son frère Serge essuient une rafale de plomb, sur la route même qui mène Simiane à Collongue. Serge est tué, Roland grièvement blessé. De là date l’amour de Roland pour les gilets pare-balle, dont « ce pépé au physique de joueur de boules ne se défait pas même pour dormir », colportent les poulets marseillais, pas peu fiers d’avoir coffré « ce gros morceau ».

Fiché depuis 25 ans au grand banditisme, Cassone n’a jamais eu les lauriers qu’il aurait mérités. Quelques lignes dans Les Parrains Corses, de Vincent Nouzille et Jacques Follorou. De menus articles sur sa rencontre avec le patron de l’OM Robert Louis-Dreyfus au tournant des années 2000 (voir encadré). Aucune lourde procédure judiciaire ni grosse condamnation. Bref, pas de quoi se bâtir une légende, à l’instar des frères Guérini, Tany Zampa, Jacky Imbert dit « Le Mat » ou Francis « Le Belge » Vanverberghe. Autant de parrains marseillais dont les faits d’armes sont passés à la postérité et ont été exposés au grand public quand le sieur Cassone est resté plus « underground ».

Avec le net avantage de leur avoir tous survécus, physiquement pour la plupart, en termes d’influence en ce qui concerne Jacky Imbert.

« Cassone c’est une figure, un monument, le dernier représentant d’un monde qui n’existe déjà plus », décrit lyrique, un flic marseillais, « un milieu familial ». Avec comme dans toutes les familles, ses petites disputes et ses clans.

A Marseille, où le Mitan a deux amours, corse et italien, le petit Roland a vite choisi son camp. Sans jamais s’en éloigner. L’île de Beauté, versant sud.

Ses premières dents, ils les fit chez les frère Guérini, Antoine et Mémé, qui tinrent Marseille dans les années 60-70. La légende du Vieux-Port veut même qu’un jour, Cassone soit allé tirer les oreilles d’Eugène Saccomano, coupable d’avoir commis une oeuvre superbe Bandits à Marseille [1], qui indisposait les patrons.

La chute des frangins Guérini dans les années 70 ne le fait pas virer de bord. Cassone et son frère se rangent du côté de Francis le Belge, soutenu par les Corses contre Gaëtan Zampa, dit Tany. Une fois Jacky le Mat rallié à la cause corse -quelques balles de Zampa l’ont convaincu…- Roland et Serge Cassone deviennent même ses porte-flingues, amenant la dérouillée du 21 avril 1978.

La guerre finit quand même plutôt bien pour Roland. Zampa meurt en prison en 1984, son demi-frère et héritier Jean Toci est arrêté en 90, puis tué en 1997, le Belge part en cabane en 1988, le Mat prend du recul, Roland du galon… et n’apparait jamais vraiment dans les enquêtes.

Les flics l’interrogent tout juste quant à l’assassinat en 1993 de Jean- Toussaint Giacomoni. L’ancien et vénérable garde du corps de Paul Mondoloni, ponte des jeux et de la came très lié au clan Francisci, était soupçonné d’avoir tué son patron en 1985. Et les poulets tâtillons se sont demandés si Cassone, en qui ils voient le successeur de Mondoloni, n’a pas fait place nette. Sans résultat mais on ne prête qu’aux riches.

Robert Louis-Dreyfus sait y faire

S’il n’a pas encore réussi à gagner un titre avec l’Olympique de Marseille [2] le milliardaire Robert Louis-Dreyfus a quelque peu appréhendé la « spécificité » marseillaise. Et sait se montrer grand prince, comme l’ont raconté Jérôme Jessel et Patrick Mendelewitsch dans la face cachée du foot business ». Poursuivi et condamné en appel pour abus de biens sociaux lors du procès dit des transferts de l’OM, RLD n’en a pas moins gardé dans une de ses sociétés le gendre du procureur général de Marseille. Procureur qui, avant le procès en première instance avait précisé que le « rôle social » du club dans la ville serait pris en compte… De même, après sa rencontre avec Roland Cassone, destiné officiellement à calmer l’ardeur des supporters à vanter les mérites de sa femme, Louis-Dreyfus décida d’engager la nièce de celui qui « a de l’influence chez les supporters ». En espérant que l’incarcération du bon Roland ne relance pas les élans des supporters, et ne coûte son poste à la dame…

« À partir du milieu des années 90, il (Cassone) est considéré comme la figure montante du milieu marseillais. Il s’inscrirait alors dans une pyramide criminelle dont le sommet est Francis le Belge, Cassone est au niveau des autres barons(…) En dessous de Cassone, on trouve les trois frères B. à Marseille », note Elsa Hervy, dans son mémoire de recherche à l’Institut de criminologie Les guerres du milieu dans le Midi 1993-2000. Un travail réalisé sous la direction du très droitier criminologue - mais fort reconnu spécialiste de la chose- Xavier Raufer et qui avait positivement enthousiasmé l’homme qui l’avait préfacé, Frédéric Péchenard, futur directeur général de la police nationale.

Mieux, au tournant des années 2000, Francis le Belge et tous ses successeurs sont dézingués. Des luttes marseillaises ne restent alors que deux rescapés. Le choix est vite fait entre Jacky le Mat, bien ennuyé par la Justice et le fidèle d’entre les fidèles aux Corses, l’immaculé Roland.

Dont la chanson judiciaire n’a commencé que la semaine dernière, à son 63e printemps.

Le petit milieu des limiers a longtemps désespéré de rendre les hommages qu’ils lui estiment dus. Flics et magistrats semblaient même avoir jeté l’éponge. Jusqu’au séisme qu’a provoqué le juge Charles Duchaîne, en le mettant en examen.

« Cassone, notait la belle Elsa Hervy, est un des truands encore en vie dont le portrait n’a jamais été fait ». Il était temps.

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