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Under the Skin : des étoiles à l’origine du monde

Publié par G Groupe X Bakchich

Tombée du ciel, une E.T. sexy séduit des hommes avant de les faire disparaître. Une expérience de cinéma radicale, avec une sublime Scarlett Johansson.

 

- Alors, ça y est ?

- Hein, quoi ?

- Attends, tu me gonfles depuis des mois avec Under the Skin

- OUI, le jour de gloire est arrivé ! Le film de Jonathan Glazer a été tourné en 2011. Il est passé par le festival de Venise où il s’est fait copieusement huer et déboule enfin en France après une sortie US en avril. 

- Et donc ?

- C’est un film immense, le genre de film que tu attends mois après mois, année après année, ce genre qui te redonne foi dans le 7e art, qui te crucifie à ton fauteuil, te fait décoller et rêver des mois après la projection.

- On commence par le commencement ?

- Tu as raison. Le commencement, c’est Jonathan Glazer. Réalisateur de pubs et de clips, il a ciselé une série de pépites, des œuvres bizarres, décalées, visionnaires pour Radiohead, Jamiroquai ou Massive attack. En 2000, il signe son premier long-métrage, Sexy Beast, un polar malin et hilarant avec Ray Winstone en truand en préretraite en Espagne et Ben Kingsley en gangster psychopathe-hurleur qui veut le remettre au turbin.

- Enorme !

- Quatre ans plus tard, il réalise Birth, une troublante histoire de réincarnation avec Nicole Kidman. Le film est magnifique, mais se banane gravement en salles et Glazer va galérer dix ans pour monter son film suivant, Under the Skin, un script adapté d’un roman de SF de Michel Faber qui traîne depuis des années et sur lequel Brad Pitt avait un temps flashé. 

Dans la peau d’un alien

- Le pitch est tout simple : une extraterrestre débarque sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

- Cela pourrait être une série Z style La Mutante, mais Glazer a une idée de mise en scène aussi simple que sublime : partager le point de vue de l’alien, mettre le spectateur dans sa peau, pour ainsi dire. Dès le début, tu es emporté dans un trip glacial, noir, qui provoque la sidération. Avec une bande-son hallucinante et la musique de Mica Levi, Glazer transforme la réalité, le quotidien. Les sons sont étouffés, déformés, et les rues de Glasgow dans lesquelles chasse l’alien ressemblent à une planète étrange, les lieux du quotidien se métamorphosant en espaces fantastiques. C’est quasiment du cinéma expérimental, tourné en partie en caméra cachée dans les rues écossaises, avec une succession de séquences que tu ne comprends pas vraiment. Tu es dans la sensation, le dérèglement des sens, dans un ailleurs cinématographique. Délaissant les repères narratifs traditionnels, Glazer t’entraîne dans son monde, t’ouvre l’œil comme Luis Buñuel il y a presque cent ans, et t’aspire dans un voyage hypnotique. Bientôt, l’alien se met en chasse et sillonne Glasgow dans son van. Les séquences s’enchaînent, se répètent inlassablement, un peu comme dans Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Nous sommes dans une boucle, dans la répétition, avec des scènes déclinées plusieurs fois : errance dans la rue, approche d’une proie, départ en voiture, disparition des hommes dans une sorte de magma noir. Et on recommence…

Une proposition de cinéma

- Cette répétition n’est pas un peu pénible ?

- Under the Skin est un film très clivant. Soit tu acceptes le voyage et tu plonges dans un univers sidérant, une proposition de cinéma d’une force tellurique ahurissante. Soit tu restes sur le bord du chemin et tu vas trouver le temps sacrément long, comme certains critiques à Venise…

- D’autres ont évoqué Kubrick.

- Jonathan Glazer fait une fixette sur Stanley Kubrick depuis longtemps et le cite volontiers dans ses clips ou dans ses longs-métrages. Ici, le réalisateur évoque ouvertement 2001 l’odyssée de l’espace, notamment au début, avec l’arrivée de l’alien sur Terre. Mais Glazer a d’autres influences : le travail sur la bande-son et le climat d’inquiétante étrangeté rappellent les meilleurs David Lynch, d’Elephant Man à Lost Highway, et la liberté, la poésie de l’ensemble brille comme les feux de Holy Motors de Leos Carax. 

Sexy Scarlett

- Le gros argument du film, c’est Scarlett Johansson.

- Ce qui est drôle, c’est qu’elle n’est pas le premier choix de Glazer et le rôle a été proposé à plusieurs actrices dont Eva Green ou Megan Fox. Après Her de Spike Jonze où elle n’était qu’une voix, Scarlett hérite ici d’un rôle quasi muet et n’est plus qu’un corps, ou plutôt une enveloppe corporelle. Brune, la bouche peinte en rouge, engoncée dans un manteau de fourrure, elle exprime l’étrangeté de son personnage par sa seule gestuelle, sa façon de marcher, son regard fixe. Un jeu tout en retenu, où les effets, les tics sont systématiquement gommés et avec une tension érotique dingue qui culmine quand Scarlett se déshabille en marchant devant ses victimes, dans une véritable danse de mort. Le voyage au-delà des étoiles débouche alors sur l’origine du monde, le continent noir du sexe féminin, dans une séquence absolument tétanisante, inoubliable. 

- Donc, je fonce ?

Donc tu fonces ! Jonathan Glazer te propose un trip hypnotique, poétique, mélancolique, un conte noir existentiel où il réinvente le cinéma, une expérience comme tu en vivras rarement dans une salle. Tu pourrais manquer un truc pareil ? 

Under the Skin de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson.

Sortie en salles depuis le 25 juin 2014.

 

 

 

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